mercredi 22 décembre 2010

Les Mains du Vin, le coeur de la terre

Allez, dans trois jours c'est Noël, et je parie que certains d'entre vous n'ont pas encore tout à fait terminé leurs cadeaux. Alors pour les retardataires, ou tout simplement pour ceux qui en ont envie, je vous donne une petite idée, comme ça, en passant: Les Mains du Vin, le joli livre de Stéphanie Reiss.
Les Mains du Vin, c'est un livre de photos. Des photos de mains, vous vous en doutez. De mains du vin. Des mains de vignerons, de maîtres de chai, d'oenologues, de vinificateurs... Des mains de travailleurs, des mains de paysans, des mains d'artisans, des mains de créateurs. Des mains pleines de terre, des mains pleines de raisin, des mains pleines de marc. Des mains pleines de vie. Des mains tachées de terre, des mains tachées de moût. Des mains chargées d'amour.
Au fil des saisons, de la taille de la vigne à la mise en bouteilles du vin, Stéphanie Reiss a observé, capté, immortalisé les mains d'artisans du vin. Ces mains qui font le vin, ces mains grâce auxquelles on a la chance de vibrer de bonheur en ouvrant une bouteille que l'on savoure.
Un bien bel hommage aux façonneurs de vin. Un livre qui nous rappelle à quel point le vin, aussi nature soit-il, est le fruit du travail de l'homme.Un livre à contempler avec délectation. Une écriture poétique à savourer pour un peu plus de bonheur. Parce que c'est beau et que ça fait du bien. Voilà un joli cadeau à offrir aux gens qui aiment le vin. Ou qui aiment la vie, tout simplement.
Je vous souhaite de très joyeuses fêtes de fin d'année!
Les Mains du Vin (le coeur de la terre), de Stéphanie Reiss, Editions Féret, 29,90€, chez Mollat par exemple
Et pour un portrait sensible et touchant de Stéphanie Reiss par Marilyn Widcoq Charles, c'est ici.

lundi 20 décembre 2010

Le b-a ba de l'Alsace ou petite balade dans le Bas-Rhin

B comme Balade, et A comme... hmm, assemblage tiens. L'assemblage est l'art de marier différents cépages, ou différentes parcelles, afin de créer un vin dont la résultante est plus riche, et plus complexe, que chaque lot pris séparément. Tous les vins de Bordeaux sont des vins d'assemblage. Assemblage de parcelles, de terroirs différents, mais également la plupart du temps assemblage de cépages variés. A l'opposé, en Bourgogne, le plus souvent, chaque terroir, ou climat, est un vin. Autrement dit chaque vin provient d'un seul terroir, et d'un seul cépage. On a là une approche dite parcellaire. Et en Alsace, comment ça se passe? Alors B comme balade oui, mais A comme... Alsace!
Si les Bordeaux sont des vins d'assemblage, et les Bourgogne des vins de "climat" ou cru, les Alsace sont quant à eux des vins de cépage. En effet, le premier indice repérable sur une étiquette de vin d'Alsace, c'est le cépage (l'Alsace était d'ailleurs la seule région française à être autorisée à indiquer le cépage sur l'étiquette pour des vins d'appellation d'origine contrôlée). Riesling, Muscat, Gewurztraminer, Pinot blanc ou gris, Sylvaner, Pinot noir, ... Tous ces cépages, dont une partie est d'origine allemande, ont leurs propres caractéristiques, et vont ainsi définir le style des vins. Mais chaque cépage a été rigoureusement choisi pour son adaptation au type de sol sur lequel il s'épanouit, parmi une mosaïque de terroirs différents. C'est alors qu'intervient la notion de Grand Cru, puisqu'en 1983, 25 vignobles ont été classés Grand Cru, puis 25 autres en 1993. Mais seuls les cépages les plus nobles d'Alsace, riesling, pinot gris, gewurztraminer et muscat peuvent bénéficier de l'appellation Alsace Grand Cru lorsqu'ils proviennent de ces terroirs. Et moi, parmi ces cépages, qu'il faille péter les oeufs ou pas, j'avoue que j'ai un faible pour... le Riesling!
Ah le Riesling, avec son immense fraîcheur, son aptitude à développer une touche minérale, et ses notes si particulières de pétrole qui font toute sa personnalité. Vraiment, le Riesling, j'adore. Alors quand vous ouvrez un jour un Riesling du Domaine Ostertag, Grand Cru Muenchberg 2007 (par exemple!), vous ne pouvez que tomber sous le charme... Ce qui fut mon cas!
Le Domaine Ostertag, propriété familiale tenue par André Ostertag depuis le début des années 80, est un domaine d'environ 15 hectares, qui se situe dans le Bas Rhin, autour d'Epfig. Répartis sur 5 communes, les 15 hectares du domaine sont découpés en une centaine de parcelles. Ainsi, André Ostertag aime se qualifier de "jardinier". En bio-dynamie depuis 1998, il travaille ses parcelles avec une extrême minutie, et avec immensément de respect et de passion pour son terroir et la nature environnante.
Sur les hauteurs de la commune de Nothalten (voir carte ci-dessus), le Grand Cru Muenchberg est en Alsace un grand cru très particulier. Découvert par des moines cisterciens (Muenchberg signifie montagne des moines), le vignoble d'une superficie totale de 17 hectares, niché sur une colline en forme de lune tournée vers le sud, est protégé à l'ouest par la montagne de l'Ungersberg (qui culmine à plus de 900 mètres), et à l'est par des reliefs boisés. Son sol unique de grès volcaniques exprime une sorte de dualité, ou de complémentarité: alors que les grès vont apporter aux vins tendresse, rondeur et féminité, le volcan représente la virilité. "Le yin et le yang" de Muenchberg, pour André ostertag. L'amphithéâtre de Muenchberg, du fait de son orientation plein sud, va donner des vins très mûrs, au fruité très intense. Mais l'altitude du vignoble (250-300 mètres) confère aux vins fraîcheur, finesse et élégance.
André Ostertag devant les tableaux de son épouse, qui illustrent superbement les étiquettes du Domaine. Photo ©Mille plateaux
Le Riesling Muenchberg 2007 du Domaine Ostertag explose ainsi de fruit. Un fruit mûr, gourmand, très pur. Des notes pétrolées à peine perceptibles, mais bien plus de petites notes de fleurs blanches, de tilleul. En bouche, on retrouve toute la fraîcheur et la délicatesse des grands Alsace (secs). Un très beau vin, pour une bien jolie balade en Alsace... A découvrir, donc!
Riesling Muenchberg 2007, Domaine Ostertag, Epfig (67), 35€ chez Badie (Bordeaux) ou sur mesvendanges.com (par exemple)

lundi 13 décembre 2010

Humilitat

Humilité. Un bien joli mot. Un mot chargé de valeurs, d'intelligence, de maturité. Un élément de Sagesse, sans aucun doute.
Humilité, du mot latin "humus": la terre. C'est amusant d'ailleurs, car les gens qui travaillent la terre apprennent peut être avant les autres à rester humbles, face à ce que la nature leur donne, comme un terroir, ou ce qu'elle leur réserve, avec ses aléas climatiques. Oui, l'humilité c'est l'attitude qui consiste à garder les pieds sur terre, à ne pas se placer au-dessus des autres. Ainsi dans l'humilité, il y a aussi une forme de respect.
Humilité, en catalan, ça se dit Humilitat. Et Humilitat, c'est le nom d'un vin. Un vin espagnol (por fin! ;), qui vient tout particulièrement de la région de Priorat.
Priorat, c'est cette merveilleuse petite région viticole située à environ 100 km au sud ouest de Barcelone. Enclave protégée au Nord-Ouest par une crête rocailleuse, la Serra de Montsant, et entourée de collines abruptes, la région de Priorat était à l'origine plutôt déserte, exploitée seulement par de courageux bergers. Ainsi, alors que la vigne avait historiquement été cultivée dans la région, en 1990 Priorat manquait au recensement des régions viticoles espagnoles. 10 ans plus tard, elle fera partie des régions viticoles les plus prestigieuses d'Espagne. Ce succès rapide, et surtout cette reconnaissance, Priorat le doit à quelques pionniers, qui ont cru dès le départ à ce terroir particulier. En 1979, René Barbier (français!) découvre le potentiel de la région. A l'époque, il restait environ 600 hectares de vignes, essentiellement grenache et carignan, alors qu'avant le phylloxéra on en comptait 5000. En 1989, il convainc 4 autres personnes d'investir dans la région. C'est la naissance des 5 clos, les 5 vins qui feront décoller l'appellation: Clos Mogador, de René Barbier; L'Ermita, d'Alvaro Palacios; Clos Martinet, de Jose Luis Perez; Clos de l'Obac, de Carles Pastrana; Clos Erasmus, de Daphné Glorian. Principalement à base de grenache (le cépage local), souvent complété par merlot, cabernet sauvignon et syrah (tous trois plantés par la suite), les Priorat sont des vins de très forte concentration. La pluviométrie de la région est en effet très faible, et bien que les racines des vignes aillent chercher l'eau en profondeur, creusant des tunnels dans les failles de "licorella" (ardoise brun sombre), la configuration de Priorat est propice à des vins très riches, comme ceux de Collioure en France, par exemple. Vers le milieu des années 90, le goût des amateurs s'oriente vers des vins concentrés, ronds, très riches... Les Priorat attirent alors l'attention du monde entier, et les 5 Clos deviennent des vins très prisés.
Alors que les goûts semblent avoir changés, que l'on revient vers des vins plus civilisés, plus buvables, plus frais, plus personnalisés, on observe quelques changements à Priorat. Un intérêt de plus en plus certain pour le carignan par exemple, cépage historique de la région, pourtant un peu délaissé, comme chez nous dans le Languedoc ou le Roussillon. Un élevage privilégiant le fruit, avec de moins en moins de bois. La recherche de la meilleure expression de ce si beau terroir, cette minéralité de l'ardoise (ou licorella). C'est exactement la philosophie de Franck Massard et Christophe Brunet, les deux créateurs d'Humilitat. Les deux sommeliers, installés à Barcelone, se sont rencontrés alors qu'ils travaillaient à l'époque chez Miguel Torres. En 2004, parallèlement à leur activité de sommelier, ils décident de faire leur (leurs!) propre vin, fruit de leur amitié, et de leur amour pour le vin et la région. Ils sélectionnent alors quelques terrasses de carignan et grenache. Des vinifications à basse température permettent de préserver au maximum le fruit. Le bois est utilisé avec prudence, soit 30% du vin élevé en barriques dont 50% neuves.
Franck Massard et Christophe Brunet, après la dégustation d'assemblage de Huellas, leur autre Priorat (photo © Dominique Roujou de Boubée)
Humilitat 2008 est ainsi un vin gourmand, avec de très belles notes de fruits rouges et noirs, et des touches de violette et graphite. C'est un vin plein, rond mais qui reste très buvable. D'ailleurs, j'en reboirai bien un peu là maintenant... Ah non, mince, il n'en reste plus... Serait-ce donc un signe? ;)
Merci à Dominique Roujou de Boubée, leur oenologue conseil, de m'avoir fait découvrir ce vin. Y salud por eso!
Humilitat, Franck Massard et Christophe Brunet, Priorat, Vino, amor y fantasia

jeudi 25 novembre 2010

Toutes en jupe à La Robe

Un soir d'automne à Bordeaux, il fait froid, très froid même, on se balade sur les quais illuminés, on admire... Ah oui vraiment, c'est beau!
Tiens, si on se faisait un petit resto? Allez, zou, La Robe! La Robe a ouvert il y a à peu près deux ans, avec pour concept de proposer uniquement des vins élaborés par des femmes. Père et fils en cuisine, mère et belle fille en salle, le travail est ici une affaire de famille. C'est sans prétention mais c'est bon, avec une mention spéciale pour les entrées, délicieuses. Le service est rapide, l'accueil chaleureux et décontracté. La carte des vins est complète: 140 références! Juste un bémol peut être sur cette carte: l'absence de Beaujolais (dommage). Les prix des vins restent plutôt raisonnables, et les conseils forts avisés. Avec un menu à 14 € le midi, et 20€ le soir, je trouve que c'est un très bon rapport qualité prix.
Alors qu'est ce qu'on choisit au fait? Allez hop, cap sur le Roussillon (again!) avec un Mas Karolina 2008, Vin de Pays des Côtes Catalanes. Une jolie bouteille, beaucoup de fruit, une concentration certaine mais un bel équilibre toutefois. Vinifié par Caroline Bonville, commercialisé par sa soeur, Mas Karolina est une propriété familiale située sur les contreforts des Pyrénées. A découvrir!
Voilà en tout cas une adresse bien sympa à Bordeaux, que je vous recommande! Et les plus avertis noteront peut être que c'est aujourd'hui la journée "toutes en jupe" organisée par Ni Putes Ni Soumises à l'occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Et si on allait toutes en jupe à La Robe?
Restaurant La Robe, 3 quai Louis XVIII à Bordeaux, www.la-robe.fr

jeudi 18 novembre 2010

A l'appel du Beaujolais Nouveau je dis OUI !

Tadam! Attention aujourd'hui, c'est jeudi, mais pas n'importe quel jeudi. Non, aujourd'hui, c'est le troisième jeudi de novembre, et qu'est ce qu'on boit ce jeudi? Du Beaujolais Nouveau, oui oui oui! Parce qu'aujourd'hui, le Beaujolais Nouveau est arrivé, qu'on se le dise!
J'aime bien les traditions quand elles sont gaies et festives. Et la tradition du Beaujolais nouveau, n'en déplaise à certains, moi, je la trouve chouette. Alors non le Beaujolais Nouveau n'est pas ci, n'est pas ça, pas plus comme ça d'ailleurs. Mais non le Beaujolais Nouveau ne sent pas obligatoirement la banane non plus, et non il ne va pas vous donner mal à la tête, ni vous rendre malade. Parce que le Beaujolais Nouveau c'est un vin comme un autre, c'est pas du bourru, c'est juste un vin tout frais, tout jeune, tout juste sorti de sa cuve, le plaisir du premier vin de l'année que l'on consomme joyeusement.
Le Beaujolais est une région qui a toujours commercialisé sa récolte très tôt, puisque son cépage, le gamay, est LE cépage des vins de soif, des vins de plaisir, des vins frais et fruités que l'on boit comme du jus de raisin. Souvent servi bien frais, c'était ainsi le vin des bistrots lyonnais. Alors que la vente des vins étaient autrefois échelonnée sur l'année, afin de pouvoir toujours assurer l'approvisionnement de l'armée (!), en mars 1951, ce principe, appelé "principe d'échelonnement de sortie des vins des propriétés" est supprimé. Cependant, en septembre de la même année, un arrêté stipule que les producteurs ne sont autorisés à faire sortir de leurs chais leur récolte qu'à partir de la date du 15 décembre. Les vignerons du Beaujolais se mobilisent alors pour qu'une partie de leur récolte puisse être vendue plus tôt, argumentant que leurs vins sont des vins de consommation plus rapide. Suite à ces discussions, ils obtiennent le droit de sortir une partie de leur production avant le 15 décembre. Pendant 15 ans, la date de "sortie" des vins variait ainsi, selon l'année. Puis, en 1967, elle est fixée au 15 novembre, à minuit. C'est en 1985 que la date du troisième jeudi de novembre sera choisie, date encore officielle aujourd'hui.
Mais si le Beaujolais Nouveau était au départ une fête locale (chaque village du Beaujolais fêtait la sortie du vin nouveau), le phénomène s'étend à Lyon, puis à Paris, puis... au Japon! Le Beaujolais Nouveau devient hyper populaire à la fin des années 70 et durant les années 80, tellement populaire même qu'il semblait alors être l'une des boissons préférées dans le monde entier. Oui, dans le monde entier, on fête l'arrivée du Beaujolais Nouveau, dont les ventes explosent. Et c'est alors le début de la décadence... Car si la région du Beaujolais a ainsi pu accroître sa popularité en termes de renommée, elle a alors souffert (et souffre certainement encore aujourd'hui) d'un problème de notoriété. Enivrée par une telle popularité, la production s'est alors trop orientée vers le Beaujolais Nouveau, souvent au détriment de la qualité, privilégiant davantage la quantité. En 1992, plus de la moitié des Beaujolais étaient vendus en Beaujolais Nouveau. On redouble de technicité en utilisant des levures développant des arômes particuliers, comme la fameuse souche 71B au goût de banane prononcé... Le Beaujolais Nouveau ne séduit plus, les consommateurs s'en lassent. Mais dans les esprits, Beaujolais résonne avec Nouveau (qui lui même évoque la banane), et on en oublie les si bons Beaujolais qui méritent tant d'égards tellement ils sont gouleyants, plaisants, sans prise de tête, sans artifice, simples, purs et rafraîchissants.
Alors aujourd'hui qu'en est-il? Doit-on bouder le Beaujolais Nouveau? Personnellement, je trouve que ce serait quand même sacrément dommage. Je crois que tout est question d'équilibre. Et dans la grisaille du mois de novembre, le Beaujolais Nouveau réchauffe les coeurs et les esprits. Alors un peu de Beaujolais Nouveau, à condition de bien le choisir, c'est une joyeuse mise en bouche à tous ces Beaujolais que je vous conseille vivement de découvrir.
Et pour le plaisir, voici trois étiquettes qui m'ont beaucoup plu, trois étiquettes riantes à l'image de ce vin festif et joyeux, garanti sans prise de tête. Trois vins, parmi tant d'autres, qui ne sentiront pas la banane j'en suis certaine, et quelque chose me dit qu'ils ne donneront pas mal à la tête non plus. Alors vous faites comme vous voulez, mais moi, par ce temps gris, je vais boire un bon Beaujolpif, et je sens que ça va me donner... la banane! ;) Santé!
Domaine des Côtes de la Molière, Bruno et Isabelle Perraud
Château des Bachelards, Lilian et Sophie Bauchet
Domaine Lapierre, du regretté Marcel Lapierre, décédé en octobre dernier, mais dont le fils Mathieu continue le travail entrepris par son père
Le Beaujolais Nouveau des Côtes de la Molière est en vente à Bordeaux à la cave Le Comptoir

lundi 15 novembre 2010

Le temps d'un Des Tours

Déjà la mi-novembre, et pas écrit un seul billet dans le mois. Il y a du laisser aller sur ce blog, je vous le dis! Pourtant, j'en ai goûté des vins. Des rouges, des blancs, et même des bulles! Seulement, je manque cruellement de temps pour vous raconter tout ça... Ah, ce temps... Ce temps qui passe, qui court, qui défile. "Le temps des crues, le temps des folies, le temps perdu, le temps de la vie, le temps qui vient, jamais ne s'arrête, et je sais bien, que la vie est faite", comme dirait Charles Aznavour.
Tout ça pour vous dire que je veux vous parler d'un temps que les gens de... ah non pardon vous parler d'un vin, assez, hmmm... déroutant! Un Château des Tours, Côtes-du-Rhône Grande Réserve 2002, très très tentant!
Justement, en parlant de temps (mais pas le même cette fois), on se souvient que 2002 fut une année terrible dans le Rhône. Terrible dans le sens cruel. Une tempête au mois de septembre, véritable déluge (en particulier dans le Rhône méridional, là où se situe le Château des Tours), força les vignerons à vendanger dans l'urgence, quand il leur restait un peu de récolte... Telle est la réalité du vigneron, dont le travail est incontestablement dépendant de la nature, de ses aléas, de ses humeurs, ... Et cette année 2002, la nature était visiblement très en colère...
Situé à Sarrians (entre Orange et Carpentras, dans le Vaucluse, au pied des dentelles de Montmirail), le Château des Tours, propriété de 40 hectares de vignes, produit habituellement 2 vins rouges: un Côtes-du-Rhône, élaboré à partir de grenache, cinsault et syrah, et un Vacqueyras (Cru des Côtes-du-Rhône) principalement à base de grenache (80%) complété par de la syrah (Le château des Tours produit également un Côtes-du-Rhône blanc, issu à 100% du cépage grenache blanc). Mais en cette année 2002, où la priorité était de sauver la récolte, Emmanuel Reynaud, régisseur du Château des Tours, a choisi de mélanger ses raisins issus des deux appellations pour faire une cuvée unique: Le Côtes-du-Rhône Grande Réserve.
Ah, Emmanuel Reynaud, c'est qui? Emmanuel Reynaud, c'est le régisseur de plusieurs propriétés familiales, dont l'immense Château Rayas, propriété mythique produisant un vin reconnu comme étant l'un des plus grands vins du monde. Si le Château Rayas est géré par Emmanuel Reynaud depuis 1997, ce dernier exploite le Château des Tours, acquis par la famille dans les années 30, depuis 1989. La Revue du Vin de France consacre un article sur cet homme dans son dernier numéro (novembre 2010), expliquant son aversion pour le bois neuf et son penchant pour les demi-muids (fûts de 600 litres) usagés pour l'élevage de ses vins.
Photo d'Emmanuel Reynaud dans la RVF
Alors ce Château des Tours 2002, une fois que l'on sait tout ça, comment on le goûte? C'est un vin surprenant. Surprenant à plusieurs niveaux d'ailleurs. D'abord parce que connaissant les conditions climatiques défavorables de ce millésime, on pourrait s'attendre à quelque chose de pas mûr, de pas net, de pas ceci, de pas cela, de pas du tout même. Et bien non. La robe est très pâle, comme toujours pour le Château des Tours, sans doute en raison de la forte proportion de grenache (si la syrah est LE cépage du Rhône septentrional, le grenache est un des cépages typiques du Rhône méridional, souvent dominant même), cépage peu tannique. Elle est relevée de reflets ocrés. Le nez, pur, est un bouquet de fruits, principalement de griottes, mais sent également beaucoup le kirsh. La structure est légère, fine, mais ce vin a pourtant une très belle longueur en bouche. Une bouche très chaleureuse d'ailleurs, gourmande, où l'alcool se fait bien sentir, sans que ce soit désagréable, et les notes de kirsh et de griotte ressortent. Alors ce vin est surprenant aussi parce que, honnêtement, je crois que vous me l'auriez décrit avant que je le goûte, comme ça, je vous l'avoue, je crois que ça ne m'aurait pas tentée. Si je devais décrire mon vin idéal, je décrirai probablement quelque chose qui ressemblerait à l'inverse de ce vin. Et pourtant, j'adore... Oui, j'adore ce vin. Un vin vraiment surprenant, avec une forte personnalité, que l'on dégusterait à grande lampée tellement c'est bon. Un vin qui parle, en résumé, et qui ne peut pas laisser indifférent. Comme quoi, il n'y a pas "un" vin idéal, mais "des" vins, dans des styles très différents. Ne surtout pas être sectaire. Jamais. Oui, on trouve ainsi des vins très différents, à déguster selon l'humeur du jour. C'est génial non? D'ailleurs, aujourd'hui, je suis d'humeur à boire, hmmm... du cidre, parce que je ne sais pas chez vous, mais ici il fait vraiment un temps à manger des crêpes! Yec'hed mat!
Château des Tours Grande Réserve 2002, Côtes-du-Rhône, Emmanuel Reynaud, www.chateaurayas.fr , 22€ ici par exemple.
Pour les bordelais, en dégustation au verre Aux Quatre coins du vin.

dimanche 24 octobre 2010

Et si on buvait du Givry?

C'est Dimanche après-midi, tombe la pluie. Alors en attendant l'accalmie, je repense à ce Givry... Le Givry En Veau Vieilles Vignes 2008, du Domaine Joblot. Un vin vraiment sur le fruit, hyper beau, je vous le dis!
Et nous voilà donc repartis sur ces terres bourguignonnes, paradis terrestre des pinot noir et chardonnay. Chardonnay ici, puisqu'il s'agit d'un Givry blanc, bien que l'appellation Givry soit principalement une appellation de rouge. Alors Givry c'est où, c'est quoi, c'est comment, c'est qui, ...? Givry se situe sur la Côte Chalonnaise, située au sud de la Côte de Beaune (pour la petite révision sur la Bourgogne, c'est ici). Moins réputée que les deux côtes juste au-dessus (Côte de Beaune et Côte de Nuits), la Côte Chalonnaise (qui tire son nom de la ville de Chalon-Sur-Saône), dispose de 5 appellations communales: Bouzeron, Rully, Mercurey, Givry et Montagny. Située juste au centre de la Côte Chalonnaise, l'appellation Givry en est la plus petite communale, avec un vignoble représentant environ 300 hectares (dont 80% de pinot noir). Pourtant, c'est aussi celle qui se fait le plus remarquer aujourd'hui. Deux raisons à cela: Son homogénéité qualitative d'une part, et le dynamisme de ses vignerons d'autre part.
Comme les communales de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits, le vignoble de Givry est principalement implanté sur les coteaux qui entourent les 3 communes bénéficiant de l'appellation: Givry, Dracy-le-Fort, et Jambles. Ces coteaux bénéficient d'une uniformité de sol (la vigne est installée sur des couches marno-calcaires, assurant un excellent drainage), ainsi que d'exposition (principalement est, un peu sud également). On distingue également sur cette appellation des "premiers crus", qui sont ici au nombre de 26. Les plus réputés se situent presque toujours en haut du coteau qui surplombe la ville de Givry.
Parmi les viticulteurs phares de cette appellation, les frères Joblot se sont fait remarquer depuis quelques années déjà. Alors que Givry avait la réputation de faire des vins légers, faciles, agréables, Jean-Marc et Vincent Joblot sont des précurseurs, dans l'appellation, d'un style de vinification cherchant davantage de charnu, de rondeur, de concentration, tout en maintenant une belle élégance et une grande pureté de fruit. Pour obtenir ainsi une belle concentration, l'essentiel du travail se fait à la vigne, alors qu'au chai les frères Joblot sont partisans d'un interventionnisme minimum.
Ce Givry en Veau 2008 est d'un fruité incroyable, pur, avec une petite touche minérale lui donnant beaucoup d'élégance. La bouche est ronde, ample, assez puissante, mais dotée d'une belle acidité apportant beaucoup de fraîcheur. Un vin sur le fruit, gourmand, vif et rond à la fois. Vraiment très chouette!
Si les frères Joblot sont, avec quelques autres viticulteurs de l'appellation comme les Lumpp, Mouton, Ragot, Sarrazin, des vedettes de l'appellation, derrière eux un grand nombre de viticulteurs méritent d'être connus. Givry, une belle appellation bourguignonne, en plein essor, avec de très jolis vins, qui en plus ont le mérite d'être à des prix abordables. A découvrir donc!
Allez, ouf la pluie est repartie, mais c'est déjà bientôt la nuit, je crois que je vais ouvrir une autre bouteille de Givry. Ca vous dit?
Givry En Veau Vieilles Vignes 2008, Domaine Joblot, 71640 Givry

jeudi 14 octobre 2010

Il fait beau, mais pas chaud, c'est du cinsault qu'il me faut!

C'est l'Automne, oui, c'est bien l'Automne, "les feuilles mortes se ramassent à la pelle".... Mais les derniers rayons de soleil réchauffent nos journées, et nous permettent de profiter encore de quelques légumes d'été. Au marché, j'aperçois sur les étals aubergines et tomates... Ouf, de quoi faire une dernière parmigiana (ou qui sait, peut-être avant dernière): Mmmm... Et avec la parmigiana, on boit quoi? Pour moi un vin du sud, forcément. Tiens, et si on partait dans le Roussillon? Ca fait longtemps qu'on n'a pas arpenté les coteaux des contreforts des Pyrénées je trouve... Allez, zou, cap sur le Roussillon, avec une cuvée L'Ubac du Domaine Clos du Rouge Gorge 2005, de Cyril Fhal. Vous connaissez?
Un vin de soleil ne veut pas (ou plus) dire un vin sans fraîcheur, qu'on se le dise. Les Gérard Gauby and co nous l'avaient déjà prouvé. Les vins de Cyril Fhal le confirment. En particulier cette cuvée, L'Ubac, étonnante, surprenante, remarquable.
Cyril Fhal est un jeune vigneron, installé depuis 2002 à Latour-de-France, petit village juste situé à la frontière catalane, sur les contreforts des pyrénées. Le domaine Clos du Rouge Gorge se compose de 5 hectares de coteaux, plantés principalement en carignan (2,5 ha), ainsi que grenache et cinsault pour les rouges, et macabeu pour les blancs. Des cépages très typiques du Roussillon, dont certains ont pourtant été délaissés au profit de la syrah. En effet, en 1977, le décret de l'AOC Côtes du Roussillon exige un minimum de 30% de syrah et/ou mourvèdre. Ardent défenseur des cépages autochtones, donnant caractère et typicité aux vins, Cyril Fhal préfère se contenter de la mention "vin de pays des côtes catalanes", plutôt que de se plier à ce courant qui ne le séduit pas. La plus grosse partie des vignes du domaine sont âgées de 50 à 100 ans. Un joli terroir rocheux de gneiss, une altitude moyenne de 200 à 250 mètres, une exposition Est ou Nord... des conditions qui laissent augurer une certaine fraîcheur dans les vins.
Quand il a repris le domaine en 2002, Cyril Fhal a concentré ses efforts sur la revitalisation des sols, selon lui gage de qualité des vins, notamment en terme de finesse et de complexité. Aucun produit chimique, des sols travaillés avec des outils légers afin d'éviter le tassement, quelques bandes d'herbes conservées jouant le rôle de niche écologique. Dès le départ, le domaine est conduit en bio-dynamie. Pour Cyril Fhal, la bio-dynamie a permis aux vignes de retrouver un équilibre naturel, en renforçant par exemple leur immunité face aux maladies classiques (mildiou, oïdium). De plus, les degrés d'alcool ont diminué, sans pour autant refléter un manque de maturité, loin de là. Au chai, Cyril Fhal cherche à obtenir les vins les plus fruités et les plus purs possibles. Des fermentations à basse température permettent de maintenir ce fruit, les extractions sont très douces, l'élevage en barriques bien maîtrisé (moins de 10% de barriques neuves), l'apport de soufre est limité.
L'Ubac a en effet un joli nez de fruits rouges bien mûrs, d'épices aussi, avec une pointe réglissée. La bouche est pure, très droite, très fraîche, très "tendue", d'une belle longueur, d'un superbe équilibre, d'une grande finesse... J'adore!
L'Ubac est une cuvée issue d'une parcelle de vieilles vignes, portant le même nom, à dominante de cinsault (et le cinsault, on pourrait en boire des tonneaux), cépage rarement seul mais réputé pour apporter finesse et fruité en assemblage avec le grenache par exemple. Un peu comme le grolleau, le cinsault a eu pendant quelques années mauvaise réputation en raison de plantations massives de ce cépage sur des terres trop fertiles. C'est sur des terres pauvres que le cinsault révèle toute sa finesse, son élégance, sa typicité. Alors imaginez un peu ce que peuvent donner de vieilles vignes de cinsault sur ces coteaux de gneiss, exposés au Nord, avec une pente à 40%... Ca donne ce vin, superbe, qu'est L'Ubac du Clos du Rouge Gorge. Le 2005 est un 100% cinsault, certains millésimes comportent également un peu de carignan. D'ailleurs, les montagneux qui liront ces lignes le savent déjà, mais l'ubac est le nom donné au versant d'une montagne qui reçoit la plus petite exposition au soleil (donc chez nous en France versant nord), à l'inverse de l'adret, qui reçoit la plus forte exposition. Le seul bémol, c'est que ces vieilles vignes ne produisent finalement que très peu (environ 15hl/ha), et sur un petit bout de parcelle, ça ne fait donc pas beaucoup de bouteilles. Alors si comme moi vous avez la chance d'en trouver un jour sur votre chemin, allez y, sautez sur l'occasion. Un vin incroyable de fraîcheur, de finesse, d'élégance, de caractère: top, top, top, j'adore!
Domaine Clos du Rouge Gorge, Cuvée L'Ubac, Vin de pays des Côtes Catalanes, Cyril Fhal vigneron à Latour de France (en vente à la Winery, par exemple)
Bu sur le web et apprécié aussi! ;)

mardi 5 octobre 2010

De Botrytis et de Sigalas

C'était le temps d'une autre année, le temps d'un nouveau millésime. Octobre... Déjà octobre. Dans le bordelais, les vendanges des blancs sont quasiment terminées, celles des rouges bien entamées, et dans le Sauternais... Dans le Sauternais, on attend. On attend la pourriture noble: le Botrytis. Botrytis cinerea, c'est joli ce nom, vous ne trouvez pas?
Quelques baies botrytisées dans une grappe de sémillon
Botrytis cinerea est un champignon (et de un), pathogène (et de deux, aïe!). Ce même champignon est responsable, selon les conditions de milieu dans lesquelles il s'installe, de deux formes de pourriture: la pourriture grise, et la pourriture noble. La pourriture grise est la bête noire (ou plutôt grise!) de tout vigneron. Cette pourriture, qui se développe très rapidement, donne des goûts terreux, pas nets, impurs, au détriment du fruit. Les baies étant de plus en plus sensibles au Botrytis durant leur maturation, la pourriture grise est l'angoisse du vigneron à l'approche des vendanges. Mais ce même champignon, Botrytis cinerea, est également responsable de la pourriture noble, indispensable à l'élaboration des Sauternes. Oui, l'or de Sauternes doit une partie de son existence à celle de ce champignon microscopique qui s'installe dans les baies de sémillon, de sauvignon blanc, ou encore de muscadelle. Il se produit alors une véritable symbiose entre la baie et le champignon qu'elle abrite. Le botrytis va entraîner la formation de composés propres aux liquoreux, comme le glycérol (qui donne ce gras, cette "huile"), ainsi que des molécules aux arômes particuliers (aldéhydes et cétones). D'autre part, le champignon va dégrader l'acide tartrique. Dans le même temps, lorsque les conditions du milieu sont favorables au développement de cette pourriture noble, la baie se déshydrate, concentrant ainsi les sucres. On appelle l'ensemble de ce processus la botrytisation.
Une grappe de sémillon gorgée de soleil, attendant le botrytis...
Une fois que l'on sait tout ça, il faut imaginer le travail d'orfèvre que représentent les vendanges à Sauternes. Toutes les baies d'une grappe ne botrytisent pas en même temps. C'est pourquoi, les vendanges d'une même parcelle se font en plusieurs étapes, appelées des tries. A chaque trie, on sélectionne méticuleusement des baies, pour ne choisir que le meilleur, le plus concentré, le plus botrytisé, le plus "ratatiné". A chaque trie on fait tomber la mauvaise pourriture (la pourriture grise, mais également la pourriture aigre, due à des bactéries). A chaque trie on choisit de laisser des baies qui peuvent gagner davantage en concentration. Oui, à chaque trie, on fait cette sélection poussée. Un travail de précision, de finesse, qui requiert une extrême attention, un doigté. De la haute couture.
Première trie à Sigalas-Rabaud
Par une belle journée d'octobre, je décidais d'aller rendre visite à mon ami Laure, de Sigalas-Rabaud (j'ai déjà eu l'occasion de vous en parler un peu ici et ). Sigalas-Rabaud c'est un joyau de 14 hectares à Bommes, en appellation Sauternes. 14 hectares d'un seul tenant, sur un petit coteau exposé plein Sud. Un joli terroir de graves sur un sous-sol argileux, sur lequel s'épanouissent sémillon (85%) et sauvignon blanc. Un petit bijou en terme de surface parmi ces grandes propriétés de Sauternes (Yquem représente 115 hectares, Rieussec 104 hectares, Rayne-Vignaud 90 hectares), mais non moins grand en qualité, car Sigalas-Rabaud est un Premier Cru Classé de Sauternes, connu des amateurs éclairés.
Ce premier jour d'octobre, le ciel était bas, les températures élevées pour la saison. Je marchais dans les vignes de Sigalas. Autour de nous régnait un calme absolu, malgré les vendanges. Un sentiment de bien être émanait. J'observais avec admiration le travail minutieux des vendangeurs venus effectuer à Sigalas-Rabaud la première trie du millésime 2010. Parmi ces vendangeurs, quelques anciens, des habitués, qui font ce travail depuis longtemps. Mais aussi quelques jeunes, volontaires, participant avec une joie non dissimulée à ce travail d'orfèvre. Tous heureux et respectueux du travail effectué avant. A la fin de cette trie, l'un d'entre eux s'avance vers Laure, pour la remercier du repas offert, et lui dire: "on se sent bien dans vos vignes, on se sent bien ici." Touchant d'entendre ces mots. D'autant plus touchant que je ressentais la même chose. Oui, dans cette mer de vignes, je contemplais avec fascination les grappes de sémillon déjà gorgées de soleil, qui attendaient patiemment, sereinement, l'arrivée de leur compagnon de route. J'observais le pressoir vertical se remplir, libérant ainsi les premiers jus de Sigalas-Rabaud 2010. Ces premiers jus, qui allaient donner plus tard ce divin nectar, aux fines senteurs de tilleul, d'abricot, de pêche blanche. Je ressentais alors une fascination pour le travail effectué dans les vignes, une émotion même. Oui, l'élaboration d'un Sauternes a quelques chose d'émouvant, de touchant, de fascinant. Vraiment!
Première trie, premiers jus...
Château Sigalas-Rabaud, Premier Cru Classé de Sauternes, Famille de Lambert des Granges, 33210 Bommes, contact@chateau-sigalas-rabaud.com

lundi 4 octobre 2010

De vin, de pain et d'amitié

"Si nous savions goûter le vin, le pain, une amitié, nous saurions goûter de même chaque instant de notre vie, dans le respect et l'écoute silencieuse de la bonne heure qui passe."
Jean Trémolières

jeudi 30 septembre 2010

Un soir d'automne sur les bords de Dordogne

Ce soir le vent qui frappe à ma porte
Me parle des amours mortes
Devant le feu qui s' éteint
Ce soir c'est une chanson d' automne
Dans la maison qui frissonne
Et je pense aux jours lointains...
J'adore cette chanson de Charles Trenet, et surtout, surtout, la version de Léo Ferré, découverte grâce à Armand Borlant, talentueux photographe, capteur d'authenticité. Si le coeur vous en dit, vous pouvez écouter cette version ici, sur son blog. Je trouve que c'est une musique qui va bien avec cette saison.
Une chanson d'automne... Oui, c'est l'automne, la saison des vendanges, des feuilles rougeoyantes, des couleurs éclatantes, des omelettes aux champignons, des bons petits plats mijotés, des premières compotes de pommes, le retour des matins frais, des soirées au coin du feu à siroter un bon vin en écoutant Chet Baker... Alors pour ce genre de soirée automnale, je voulais un vin: rouge, frais (donc avec une bonne acidité), plus dans la retenue que dans l'opulence, un vin plaisir, un vin simple, surtout pas marqué par le bois, droit, fin, précis, ... (Non non, je ne suis pas exigeante du tout, juste un peu idée fixe!)
Si bien souvent j'aime m'évader dans une autre région que celle où je vis, par curiosité ou simplement par affinité, je suis cette fois partie sur les bords de Dordogne, à Fronsac, chez Paul Barre, avec un Château La Fleur Cailleau 2006. Un vin qui a comblé mes attentes, répondant parfaitement au goût que je recherchais en ce soir d'automne. Un vin tout en retenue, oui, avec une trame bien droite, serrée, qui lui donne cette petite part de mystère que j'aime tant. Un vin sur la fraîcheur, simple mais fin, pur, précis, avec une belle longueur en bouche. Du pur jus avec un joli nez, délicat, de fruits rouges, ainsi que de notes florales, comme la violette. Un vin discret, élégant, qui nous murmure quelque chose à l'oreille. Pas de traces de bois, malgré un élevage en barriques "classique". Un vin qui a beaucoup de style, de personnalité. Un vin affirmé, qui ne se prend pas pour un grand cru. Oh, que ce vin me fait plaisir. Comme ça me fait plaisir de trouver ce style de vin à Bordeaux. Alors merci Paul Barre, vraiment, merci!
Cette bouteille, je l'avais achetée lors de ma visite au domaine, au mois de juillet. Rencontrer Paul Barre, c'est rencontrer un sacré personnage! En bio-dynamie depuis 1990, certifié Demeter depuis 1998, on peut dire que Paul Barre est un bio-dynamiste convaincu. Pourquoi la bio-dynamie? "Pourquoi on tombe amoureux?", répond Paul Barre, avec un sourire rêveur. Difficile d'avoir toutes les réponses aux questions posées, Paul Barre aime les anecdotes, il aime plaisanter, il aime philosopher, citer Kant, puis Zola. Et puis Steiner, évidemment. "La lecture de toute une vie", dit-il. Pourtant, au fur et à mesure de la visite, on obtient les réponses. Car avec Paul Barre, tout coule de source, tout est question de bon sens. Qu'est ce que la bio-dynamie? "De l'agriculture". Pour lui, la bio-dynamie est de la science pure: "on fait, on observe, on conclut". Cette fameuse "observation", que l'on semble avoir parfois oubliée, primordiale en bio-dynamie, essentielle dans l'agriculture. "Il n'empêche qu'on se remet parfois en question", poursuit Paul Barre. "Les dilutions sont tellement importantes que l'on se demande si ce n'est pas que de l'eau qu'on applique". Alors on fait, et on observe. Ou on ne fait pas, et on observe... On observe par exemple qu'une parcelle sur laquelle on a fait l'impasse d'une tisane d'ortie se porte moins bien que les autres. Alors on conclut...
Depuis son installation en 1974, Paul Barre a eu le temps de beaucoup observer. "Gentiment libéré de ses obligations par les enseignants", comme il aime à dire, toujours avec un sourire en coin, Paul barre commence par prendre en métayage le Château La Grave, sur l'appellation Fronsac, qui avait appartenu à son trisaïeul. Son épouse et lui rachèteront le domaine en 1999. Parallèlement, en 1982, il crée le domaine La Fleur Cailleau, grâce à l'achat de parcelles en appellation Canon-Fronsac. Aujourd'hui, les vignobles Paul Barre se composent donc de deux domaines:
  • Le Château La Grave, 4 hectares en Fronsac.
  • Le Château La Fleur Cailleau, 3 hectares en Canon-Fronsac.
Durant ses débuts dans l'agriculture, Paul Barre croisera plusieurs fois la bio-dynamie, avec des hommes dont il se dit qu'ils sont fous. Ou avec une cousine, agricultrice en Corrèze, en bio-dynamie, "mais elle, elle est vraiment folle", dit-il, toujours sur le ton de l'humour. Pourtant, la lecture de toute l'oeuvre de Zola durant son année à la Tour Blanche a stimulé chez Paul Barre un "esprit de révolte" (et de bien préciser "attention, révolté, mais pas révolutionnaire"), et de nombreuses réflexions... qui le mèneront à "signer un contrat" avec la bio-dynamie le 1er mars 1990. Dans le même temps, sa mère, Madame Barre, qui gérait à l'époque le Château Pavie-Macquin, se lance également dans la bio-dynamie. Pas de phénomène de mode chez les Barre, mais une vraie philosophie de vie, une vraie remise en question. Quand j'interroge Paul Barre sur la progression de la bio-dynamie actuellement, sur cet engouement, il me répond, avec son ironie constante: "parfois, je me demande si je ne suis pas le seul à ne pas en faire" (j'adore!).
Sur son dynamiseur en bois (un dynamiseur est une cuve à l'intérieur de laquelle se trouvent deux pales dont la rotation, dans un sens, puis dans l'autre, va créer un effet vortex, puis un chaos, permettant de "dynamiser" la solution, autrement dit concentrer les énergies se trouvant dans la substance) une inscription: Penser, Ressentir, Vouloir. "Ressentir", tellement important quand on fait du vin. Sans aucun doute une des clés pour produire des vins authentiques, comme Paul Barre. Des vins affirmés, des vins vrais. Oui, ressentir un lieu, ressentir un terroir, ressentir ce que les vignes ont envie de donner, ce que le vin a envie de nous dire. Ainsi, même si Paul Barre s'irrite du cahier des charges du syndicat de l'appellation, et se demande s'il continuera à demander l'agrément, il affirme, avec sincérité: "J'aime Fronsac, j'aime mon appellation". On le ressent dans ses vins, justement, à leur authenticité.
Penser, Vouloir, Ressentir... Cette saison, avec ce vin... Je me laisse aller à mon instinct, qui me guide vers une autre chanson, de Gainsbourg cette fois, qui s'accorde bien avec La Fleur Cailleau: La chanson de Prévert. J'ai bien envie de la partager avec vous. Alors on aura commencé en musique, et on terminera également en musique, avec un verre de La Fleur Cailleau, au moins dans la tête. A la vôtre!



Château La Grave (Fronsac), de 10,50 à 12,50€ selon millésime, et Château La Fleur Cailleau (Canon Fronsac), de 15 à 18€ selon millésime, Paul Barre, www.vignoblespaulbarre.com, en vente sur le site

vendredi 24 septembre 2010

Un vendredi (du vin!) acrobatique

Aujourd'hui c'est vendredi. Un joli vendredi qui nous sourit. Le premier de l'automne. Et le dernier de septembre. Et le dernier vendredi de chaque mois est un vendredi... du vin! Ce mois-ci, pour les Vendredis du Vin # 29, c'est François, de Bourgogne Live, qui a défini le thème: "Vive la quille".
"Partagez avec nous LA bouteille qui vous a fait craquer, et dites nous si l'ivresse était à la hauteur". Ca tombe bien, parce que j'avais très envie de vous parler d'un vin, dont la bouteille, et son contenu, m'ont beaucoup plu! Alors en ce joli vendredi, je vous parlerai de grolleau... oui, mais de grolleau gris! Car la bouteille qui m'a fait craquer, c'est la Cuvée L'Acrobate de Julie et Toby Bainbridge. Un rosé de grolleau (groleau, gros lot, etc. Vous vous rappelez?), fait à Chavagnes-les-eaux (Maine et Loire), près de Thouarcé, dans l'aire d'appellation des Coteaux-du-Layon, Anjou, etc... Mais sans appellation, car la Cuvée L'Acrobate est un vin de table (ça vous rappelle quelqu'un?).
Si cette bouteille me plaît tant, c'est parce que je la trouve surprenante, différente, un brin provocante. C'est une bouteille lourde, de méthode champenoise, ou crémant, ou ce que vous voulez (des bulles, oui des bulles!). Et cette bouteille est bouchée non pas avec un bouchon, mais avec une capsule. Pas une capsule à vis, non plus, une capsule de dégorgement (ou de bière, si vous préférez), ces mêmes capsules que l'on met sur les bouteilles de champagne (ou méthode champenoise) lors de la deuxième fermentation, la "prise de mousse". Alors forcément, sur un rosé "tranquille" (pas de bulles!), ça peut surprendre. Ca donne à cette bouteille beaucoup de caractère. Un côté musclé, trapu, costaud, bien ancré. L'étiquette est quant à elle épurée, simple, claire, raffinée: exactement comme j'aime! Alors cette association bouteille lourde, cette capsule "de bière" finalement, avec cette étiquette élégante, ça lui donne un côté décalé et un air de ne pas y toucher... que j'adore!
Ce qui est assez amusant, c'est de connaître l'histoire de cette bouteille. Pour cela, il va falloir que je vous raconte l'aventure de Julie et Toby Bainbridge. Vous avez un peu de temps pour une petite balade sur les bords de Loire?
Bainbridge, ça ne sonne pas tellement français. Toby est anglais, Julie américaine. Toby est arrivé dans la Loire en 1997, durant ses études d'Agriculture, grâce à un partenariat entre son école anglaise, et l'ESA d'Angers. C'est à l'ESA qu'il découvre la viticulture, puis l'oenologie, et qu'il se prend de passion pour la vigne et le vin. Plus tard, il apprendra réellement le métier auprès de Christophe Daviau, puis Didier Chaffardon, avant de rejoindre en 2005 Agnès et René Mosse. En 2007, Julie et Toby décident de se lancer eux aussi dans l'aventure, en cultivant leurs propres vignes, en faisant leur propre vin. Ils achètent une parcelle de 86 ares de vieux pieds de grolleau, datant probablement du début des années 1900. L'aventure commence. Il faudra d'abord remettre cette parcelle en état, redresser les pieds à la taille, remplacer les nombreux manquants. La production des premières années est donc extrêmement faible. Comme ceux auprès desquels il a appris le métier, Toby a choisi le mode de culture biologique pour la conduite de son vignoble.
Parallèlement, Toby continue à travailler chez les Mosse, jonglant du mieux qu'il peut entre sa vie professionnelle, sa vie de famille, ses propres vignes... D'où le nom de sa cuvée: L'Acrobate (sacrée acrobatie pendant les vendanges et les vinifications d'ailleurs...). Les Danseurs sera le nom de leur rosé pétillant, produit seulement les deux premières années. Ce sont des rosés de pressurage direct, élaboré avec un vieux pressoir vertical. La Cuvée Rouge aux Lèvres est le nom de leur vin rouge (100% grolleau). Depuis peu, ils ont repris un fermage d'1 hectare 30 de chenin dans l'aire d'appellation Bonnezeaux, où ils produisent une cuvée de blanc sec: Les Jongleurs.
Le choix de la bouteille, et de la capsule, relève en partie du hasard (encore le hasard, oui...). La première année, Toby et Julie louaient une petite cave, dans laquelle il était impossible de brancher un appareil triphasé. Donc pas de boucheuse, et pas de sertisseuse. C'est alors qu'ils ont eu l'idée d'utiliser ces capsules, pouvant être mises à la main. Le choix des bouteilles en a découlé, puisque les bouteilles de méthode champenoise sont prévues pour recevoir ces petites capsules durant la deuxième fermentation, avant la phase de dégorgement. Julie et Toby ont alors fait le choix de garder ce packaging "original" dans tous les sens du terme. "Les hasards de notre vie nous ressemblent" (Elsa Triolet). Moi, pour le peu que je les connaisse, je trouve que ça leur va bien.
Bon ce rosé, je vous en parle quand même? Un petit verre de L'Acrobate, ça vous tente? Vous aurez peut-être remarqué que je ne suis pas une grande consommatrice de rosé. J'en bois, mais bien souvent ça ne me parle pas. Ce qui ne fut pas le cas de l'Acrobate. Le nez de l'Acrobate m'a étrangement fait penser à un gamay (et là déjà, rien qu'au démarrage, je fonds, parce que le gamay, c'est ma petite madeleine de Proust à moi). Etrangement ou pas d'ailleurs, parce que pour info, j'ai découvert, dans mon petit précis d'ampélographie pratique (de Pierre Galet) que le grolleau était aussi appelé gamay groslot à Thouarcé (hasard?...). La bouche est assez ronde, grasse, pleine, structurée. C'est un vin qui a du style, du caractère, du chien, un vin qui parle, qui s'exprime, qui évolue dans le verre et au cours du repas... J'adore! Alors oui, l'ivresse était bien à la hauteur de la bouteille. Le tout constituant une belle harmonie. Bravo aux créateurs de L'Acrobate!
L'Acrobate, les Danseurs, les Jongleurs, Rouge aux Lèvres. Des vins à découvrir, des vins de plaisir, des vins de copains, des vins de fête, des vins chouettes... A goûter, absolument!
Cuvée L'Acrobate, Vin de Table de France, Julie et Toby Bainbridge, Chavagnes-Les-Eaux (49), 20€ les 3 bouteilles (Rouge, blanc, bulles si vous voulez!), en vente au salon Anges Vins par exemple.

vendredi 17 septembre 2010

Des saveurs de blé noir dans un pays bleu...

Si faire du vin est un art, cuisiner l'est aussi. Derrière un vin, il y a un homme. Derrière un plat, il y a un chef. L'art de la cuisine fait appel au propre goût de celui qui la fait, à sa sensibilité, à sa créativité, à la recherche des meilleurs accords, ... A son passé sans doute aussi, aux souvenirs d'enfance qui ont éveillé ses papilles, à sa région d'origine ou de prédilection donc certainement.
"Toujours savoir qui l'on est, ce que l'on fait et où l'on va", écrit Olivier Bellin dans la préface de son livre Saveur blé noir en Finistère. Olivier Bellin sait d'où il vient, c'est une certitude. Car le jeune chef de l'Auberge des Glazicks, est un vrai breton, amoureux de sa région. Sa cuisine est une merveille. "Hommage d'un breton à la Bretagne": tel est le nom qu'il a donné à un de ses pré-desserts. Mais toute sa cuisine est un hommage à la Bretagne. L'hommage d'un grand chef à sa terre d'origine. Oui, l'"hommage d'un breton à la Bretagne".
L'Auberge des Glazicks, c'est à Plomodiern, petit village du Finistère, situé sur les hauteurs du Menez-Hom (330 mètres), surplombant la baie de Douarnenez (un coin à découvrir absolument). Après avoir fait ses classes auprès de grands chefs comme Joël Robuchon, ou Jacques Thorel, Olivier Bellin a repris en 1999 le restaurant familial, autrefois tenu par sa grand-mère, puis par sa mère. Pas facile, de se faire connaître, quand on est ainsi dans ce petit coin perdu du Finistère, au bout de la terre, au bout du monde... Et pourtant... Pourtant, très vite, Olivier Bellin se fera remarquer. En 2005, le Guide Michelin lui décerne sa première étoile. En 2010, l'Auberge des Glazicks obtient deux étoiles... Deux belles étoiles, grandement méritées... Vraiment!
Si je suis parfois un peu sévère (ou simplement exigeante) avec les étoilés, j'ai trouvé la cuisine d'Olivier Bellin régalante, du début à la fin. Des plats aux saveurs exquises, des mélanges de texture sublimes. La cuisine d'Olivier Bellin est un voyage gourmand à travers la Bretagne. Les produits du terroir breton sont mis à l'honneur. Comme ce Finistère qui s'avance dans la mer, les produits de la terre et de la mer s'assemblent, se marient, se provoquent, se défient, se fondent. Et nous avec...
Oui, on fond sur ses langoustines (relevées d'une délicate touche de coriandre apportant beaucoup de finesse et de fraîcheur au plat), sur son homard, sur ses poissons... Le tout, cuit à la perfection! On croque dans les cocos de Paimpol, on savoure le blé noir (même dans le beurre... Et quel beurre! Mmm...), on redécouvre le lait ribot, puis le gros lait. Et puis pour finir, on se délecte d'une touche sucrée légère et rafraîchissante (l'accord d'un sorbet au basilic avec du chocolat était fabuleux).
Langoustine "Rouge" en Involtini de Tête de Cochon
Ananas et Jus Boudin Noir
Homard Bleu "été 2010"
Bar Rôti, Deux Trois Tomates
Lait Ribot Emulsionné
Alors que boit-on à l'Auberge des Glazicks? Du blanc si on veut. Du rouge si on préfère (oui oui, on peut très bien faire poisson-rouge). Et moi, j'ai tendance à avoir un faible pour le rouge (déformation bretonne peut-être?)... Du Bordeaux? Non, pas quand on y habite. Même quand on est bretonne (et les bretons aiment le Bordeaux, c'est indéniable), et même quand on voit du Fonroque (Mmmm) sur la carte. On imaginerait bien un pinot noir de Bourgogne, mais ces derniers sont encore un peu jeunes je trouve, alors on attendra un peu (dommage, je pense que ça aurait été top). On hésite pour un cabernet de la Loire, comme un Chinon de Philippe Alliet. Et puis finalement, on se dit pourquoi pas une jolie syrah du Rhône, en voyant une Côte Rotie de Jean-Michel Stephan, ou un Cornas "Les Terrasses du Serre" 2006 de Matthieu Barret (que j'avais découvert ici). C'est d'ailleurs ce dernier qui sera retenu, grâce aux conseils avisés de Romuald Ravillon, jeune sommelier fin connaisseur. Le Cornas de Matthieu Barret a un premier nez de framboise, de fruits rouges, de mûre un peu aussi. Puis il s'ouvre sur la violette. La bouche explose de fruits. Sa trame est très très belle, avec une matière bien présente, mais très douce, veloutée, et une belle acidité. Superbe.
Et puis, moi quand je vais dans un grand restaurant, j'aime bien rencontrer le chef. Je trouve cela important même. Alors quand avant de partir, on se retrouve à discuter un petit moment sur le pas de la porte avec Olivier Bellin, et que l'on découvre un homme simple, modeste, drôle, qui nous raconte avec son accent du pays son parcours, ses projets, qui met en avant son personnel, et qui finit par dire "Allez, salut, à la prochaine" ... on est complètement sous le charme!
Bon, vous l'aurez compris, l'auberge des Glazicks est mon gros gros coup de coeur du moment. Une adresse que je vous recommande vivement!
L'Auberge des Glazicks, 7 rue de la Plage, 29550 PLOMODIERN, www.aubergedesglazick.com

mercredi 8 septembre 2010

De crêpes et de cidre...

Si le phénomène des vins de garage a bel et bien existé et connu sa période de gloire, on connaît peu les crêpes de garage. Et pourtant...
Le principe des crêpes de garage est assez simple: vous faites des crêpes, dans un garage. Ou mieux: vous avez une grande tante qui excelle dans les crêpes. Equipée de deux billigs (sur l'un elle étale sa pâte et façonne la crêpe, sur l'autre, elle cuit l'autre face et ajoute les ingrédients que vous souhaitez), elle a le geste sûr et précis de la personne qui a longtemps longtemps pratiqué. Et là, dans un petit garage situé en plus, dans le Pays des Glaziks (Ar Vro C'hlazik), vous vous retrouvez à déguster les meilleures crêpes du monde. Salées (blé noir) ou sucrées (froment), ces crêpes sont fines comme de la dentelle, et d'une légèreté incroyable (légèreté trompeuse, quand on voit la baratte de beurre qui diminue progressivement jusqu'à disparaître... Mais n'est-ce pas là, le secret?). C'est bon, c'est craquant, c'est croustillant... C'est divin! Oui, j'ai cette chance. Et vu le nombre de crêperies de mauvaises qualités qui se développent un peu partout, je pense que le concept de crêpes de garage a beaucoup d'avenir devant lui.
Alors, avec ces crêpes de garage, que boit-on? On boit du cidre, évidemment. Un produit que je consomme avec de plus en plus de plaisir. Finis ces "goûts de ferme", que l'on a longtemps attribués au terroir (pauvre terroir, il a bon dos parfois...), mais qui n'étaient autres que des éthyl-phénols, phénols volatils formés par des levures de contamination appelées Brettanomyces (on lit ou entend souvent "ça sent les Brett"... Mais soyons clairs, les brettanomyces n'ont pas d'odeur). Non, on trouve aujourd'hui de plus en plus de très bons cidres, fruités à souhait, purs, nets, précis.
Il faut dire que la production de cidre a été amplement délaissée pendant de nombreuses années, au profit de la filière viticole. En 1913, la France produisait plus de 15 millions d'hectolitres... Elle n'en produit plus qu'un million. Sont passés par là essentiellement l'arrivée des vins (d'Algérie notamment) bon marché qui ont remplacé le cidre comme boisson au cours des repas (dans les régions cidricoles, le cidre était LA boisson des repas), les subventions à l'arrachage données par le ministère de l'agriculture en 1953, l'exode rural, ... La filière a donc connu une forte période de déclin. Et puis, vers les années 80, ce fut un peu la révolution. Divers instituts se créent, afin d'accompagner les producteurs, de les conseiller, de les aider à mieux produire qualitativement. Les pratiques vont changer, parfois radicalement (alors que traditionnellement on faisait fermenter des pommes pourries, on cherche aujourd'hui à travailler avec un fuit sain), on attache davantage d'importance à l'hygiène (afin d'éviter, justement, des déviations dues à des contaminations diverses, comme les Brettanomyces). On privilégie le fruit, qui lorsqu'il est pur, met en valeur le terroir (véritablement, cette fois). Le cidre devient plus fin, plus élégant, plus marqué par sa terre d'origine. Et si sa terre d'origine est aussi la mienne, vous comprendrez qu'il prend pour moi une valeur toute particulière...
Alors mon gros coup de coeur du moment, c'est le cidre des Vergers de Kermabo, d'Anne et Eugène le Guerroué. Installés dans un endroit superbe, la campagne bretonne à une minute de la plage (j'adore!), sur les hauteurs de Guidel (d'où l'on voit la mer... Mmmm...), petite commune du Morbihan, Anne et Eugène Le Guerroué ont repris l'exploitation familiale en 1985. Alors que l'exploitation était essentiellement centrée sur l'élevage de vaches laitières, ils décident de consacrer entièrement leurs 8 hectares à la production cidricole. Depuis 2008, ils ont choisi la culture biologique pour la conduite de leurs vergers. Leur cidre est absolument délicieux. On croque la pomme, c'est fin, c'est pur, c'est bon, ça se boit comme du jus de pommes. J'adore!
Yec'hed mat!
Vergers de Kermabo, Anne et Eugène Le Guerroué, 56520 Guidel
Pour les crêpes: l'adresse et la recette... Secret de famille! (Sorry...)