vendredi 11 décembre 2009

Le Beaujolais comme je l'aime

Le Merlot sur argiles de Pomerol, le Cabernet Sauvignon sur graves du Médoc, le Riesling sur schistes de Moselle, le Pinot Noir sur calcaires de Bourgogne... A chaque cépage son terroir de prédilection. Sur le terroir du Beaujolais, le Gamay règne en maître.
En réalité, la région du Beaujolais, qui s'étend sur 55 km du Nord au Sud, de Mâcon à Lyon, se sépare en 2 zones délimitées par la vallée du Nizerand, juste au-dessus de Villefranche-sur-Saône, capitale du Beaujolais:
  • au Sud de la vallée, le Bas Beaujolais, avec ses sols composés d'argiles profondes, vaste région des Beaujolais génériques.
  • au Nord, le Haut Beaujolais, aux sols peu profonds reposant sur une roche granitique typique du Beaujolais. C'est la région des Beaujolais Villages, ainsi que des 10 crus du Beaujolais, que sont, dans l'ordre en remontant vers la Bourgogne, les Brouilly, Côte de Brouilly, Régnié, Morgon, Chiroubles, Fleurie, Moulin à Vent, Chénas, Juliénas, et Saint-Amour. Les 10 crus du Beaujolais sont implantés sur des collines granitiques boisées à leur sommet, rappelant ainsi quelque peu les paysages voisins bourguignons. Chaque cru du Beaujolais possède sa typicité, son caractère, plus ou moins accentué par la griffe du viticulteur qui prône le goût du vrai grand Beaujolais. Malgré un sous-sol granitique commun, provenant de volcans éteints, les sols des 10 crus varient, ceci expliquant ainsi en partie les différences de caractère des vins.
Allez, petit zoom sur ces 12 appellations, en remontant la route de Lyon à Mâcon:

Beaujolais
L'appellation générique Beaujolais représente le plus gros de la production, mais malheureusement, comme bien souvent, pas le plus qualitatif. Ses sols argileux, et donc plus froids, rendent parfois difficile la maturation du raisin. Les vins de cette région doivent être bus très jeunes. Servis bien frais dans les bouchons lyonnais, ils deviennent, à l'instar du rosé, les vins de soif, les vins plaisirs, les vins de copains.
Certains viticulteurs, comme Jean-Paul Brun, avec son Domaine des Terres Dorées, font de très belles choses, tirant le meilleur parti de leur terroir. La preuve, qu'il existe de très bons Beaujolais...
A noter aussi, qu'avec ses villages de pierres dorées (comme ici le village d'Oingt), c'est l'un des plus beaux endroits du beaujolais. Une route des vins que je vous recommande vivement de faire un jour.


Beaujolais Villages
Au Nord de Villefranche-sur-Saône, 38 communes bénéficient de l'appellation Beaujolais Villages (comme par exemple Quincié, Beaujeu, Vauxrenard...). Les sols sont moins profonds, et reposent sur le fameux granite du Beaujolais. On trouve encore assez peu de Beaujolais Villages de producteurs, l'essentiel de de la production étant distribué par des négociants, qui assemblent différents lots et vendent le vin sous leur propre nom, comme traditionnellement en Bourgogne (c'est d'ailleurs pour cette raison que le nom du village figure rarement sur l'étiquette, puisque dans ce cas il s'agit en général, d'un assemblage de vins provenant de villages différents).
Les Beaujolais Villages peuvent être conservés un peu plus longtemps que les Beaujolais, et servis moins frais que ces derniers.

Brouilly
Le Brouilly est le plus grand cru du Beaujolais, avec 1200 hectares, partagés entre 400 viticulteurs. De ce fait, c'est aussi le cru qui connaît le plus grand nombre de variations qualitatives... La dénomination provient du Mont Brouilly. Les sols de Brouilly sont sablonneux et acides, donnant ainsi des vins très fruités, et plutôt légers.
C'est aux pieds du Mont Brouilly que se trouve le Château de Pierreux, ancienne propriété de la famille Mommessin, (négociant bourguignon dont le fleuron est le divin Clos de Tart), appartenant désormais au groupe Boisset, qui produit un très bon Brouilly.

Côte de Brouilly
L'appellation Côte de Brouilly, beaucoup plus petite avec seulement 320 ha, concerne les vignes plantées sur les versants du Mont Brouilly, à une altitude allant entre 280 et 400 mètres. Son sol composé de diorites (roche dure vert sombre à noir, d'origine volcanique) et de schistes, contribue à une belle élégance des vins qui y sont produits.

Régnié
L'appellation Régnié (550 ha) est l'appellation la plus récente, puisqu'elle date seulement de 1988. Ses sols sablonneux (sables issus de granite rose riches) donnent des vins légers, souples. Les coteaux de Régnié, qui vont jusqu'à 800 mètres d'altitude, s'adossent à la montagne d'Avenas, qui les protège. La vigne est cultivée à une altitude allant de 220 à 450 mètres.
Très parfumés, les Régnié sont à boire jeunes, sur le fruit.

Morgon
L'appellation Morgon est sans doute l'appellation du Beaujolais ayant le plus de caractère. C'est le type de vin qui "sent le terroir". On dit d'ailleurs d'un Morgon typé qu'il "morgonne". Le nom de l'appellation provient du village Villié-Morgon, situé au coeur des crus du Beaujolais. Avec 1100 ha en production, Morgon est le deuxième cru du Beaujolais en étendue, après Brouilly. C'est un vin ayant une certaine rigueur, voire austérité, un vin droit, très charpenté. C'est d'ailleurs le plus charpenté des Beaujolais. Le Mont de Py domine l'aire d'appellation Morgon. Sur ce terroir d'ardoise, plus précisément constitué d'un mélange de schistes et de roches éruptives très anciennes (autrement appelé "roche pourrie"), on distingue 6 climats, parmi lesquels "Côte du Py" est le plus renommé.
Les Morgon peuvent vieillir 5 à 10 ans en cave.
Dans les très bons Morgon (qui morgonnent!), ceux de Jean-Marc Burgaud , jeune viticulteur ayant créé son domaine en 1989, sont de plus en plus reconnus. A goûter absolument.


Chiroubles
Avec seulement 358 ha, l'appellation Chiroubles est une petite appellation, et qui est de ce fait très homogène. C'est l'appellation dont l'altitude moyenne est la plus élevée.
Les Chiroubles sont des vins au parfum très floral, ce sont des vins gourmands, révélant une belle expression du Gamay.

Fleurie
L'appellation Fleurie, qui couvre une superficie de 860 ha, est adossée à la chaîne des crêtes d'Avenas, de Durbize et des Labourons. Si toutes les parcelles de l'appellation se situent sur la commune du même nom, on distingue cependant 13 climats différents: Les Cotes, Le Bon Cru, La Roilette, Les Moriers, Les Roches, Les Garants, Poncié, Montgenas, La Chapelle des Bois, La Madone, Grille Midi, Champagne, La Joie du Palais.
Ses sols sont principalement composés d'arènes granitiques.
Attention à la confusion, le nom Fleurie fait référence à un légionnaire romain, et non à éventuel bouquet de fleurs.
Les Fleurie sont des vins fins, élégants, assez charnus, à l'image du Clos de La Roilette de la famille Coudert, que je vous invite à goûter si ce n'est déjà fait, car ce vin est absolument délicieux!


Moulin-à-Vent
Moulin-à-Vent est sans aucun doute le plus prestigieux des crus du Beaujolais. L'appellation couvre 650 ha, répartis sur 2 communes: Romanèche-Thorins et Chénas.
Les sols sont riches en oxydes de fer et manganèse, donnant des vins charpentés, intenses, complexes. Moulin-à-Vent est le grand vin de garde du Beaujolais. Au vieillissement, on dit que le Moulin-à-Vent "pinote", se rapprochant dans sa structure de ses voisins bourguignons, ceci étant sans doute renforcé par des arômes de cerise griotte caractéristiques du Pinot Noir.
Parmi les grands Moulin-à-Vent, le Clos du Moulin à Vent, de la famille Labruyère, est l'un de mes préférés, ainsi que le Clos du Grand Carquelin du Chateau des Jacques, de la maison Jadot.



Chénas
Avec 280 ha, répartis sur les communes de Chénas et La chapelle de Guinchay, Chénas est le plus petit cru du Beaujolais, et donc le plus rare. Ses vins sont charpentés, et généreux.

Juliénas
Protégée des vents du Nord par les monts de Rontecolon, et du Bois de Cenves (culminant à 743 et 729 mètres), l'appellation Juliénas est relativement précoce dans le Beaujolais. Elle est à la limite de l'aire du Mâconnais, région du Chardonnay. Le nom Juliénas proviendrait, tout comme la commune de Jullié, de Jules César lui même. Sur les 600 ha de l'appellation, les sols sont assez différents d'un endroit à l'autre. A l'Ouest, le terroir est constitué de terres granitiques maigres et arides, alors qu'à l'Est les sols sont plus argileux et plus profonds. La vigne est cultivée à une altitude moyenne de 300 à 350 mètres.
Les Juliénas sont souvent des vins gras et charnus, ayant une structure leur permettant de vieillir quelques années. D'ailleurs, ils gagnent en complexité à être attendus 2 ou 3 ans en bouteille.

Saint-Amour
Avec Juliénas, Saint-Amour est le cru le plus septentrional du Beaujolais. Il constitue ainsi la dernière étape du Beaujolais, avant le Mâconnais. Les pentes sur lesquelles se trouvent ses parcelles de vignes sont assez douces, et le sol est constitué d'arènes granitiques. Malgré la petite taille de l'appellation (310 ha, la plus petite appellation avec Chénas), 12 climats ont été identifiés, dont certains, comme "A la folie", ou "En paradis", collent particulièrement bien au nom du cru. Un cru qui d'ailleurs connaît un certain succès au moment de la Saint-Valentin...

Bon, voici pour le tour d'horizon de nos 12 Beaujolais. Je vous ai donné quelques références, sur lesquelles j'aurai un jour l'occasion de revenir. Mais pour le reste, vous savez ce qu'il vous reste à faire... Ouvrir des bouteilles, encore et toujours, goûter et re-goûter, pour faire son palais, savoir ce que l'on aime, ce que l'on recherche dans un vin, voyager à travers la France et le monde entier simplement en plongeant son nez dans un verre, et construire petit à petit sa cave pour avoir toujours de quoi régaler les amis.

mardi 8 décembre 2009

La saison du Beaujolais

Bon, je vous avais déjà dit, il y a un moment déjà, que j'avais tendance à fonctionner à l'énergie solaire... Je crois que ma faible productivité en ces mois gris, terriblement pluvieux, et par conséquent tristes, en est bien la preuve. Pourtant non, comme dirait l'autre, "on ne va pas se laisser abattre", la vie continue, et le vin est toujours là pour apporter un peu de chaleur, grâce à ses raisins ayant emmagasiné pour nous plein de soleil durant l'été. Et puis le mois de décembre, à l'approche de Noël, c'est un peu le mois où l'on retrouve une certaine chaleur, et à travers les lumières qui scintillent de partout, un peu d'espoir.
Troisième jeudi de Novembre oblige, j'aurais pu vous parler du Beaujolais Nouveau. Mais je ne l'ai pas fait... Pourtant, ce n'est pas faute d'aimer le Beaujolais, je vous rassure, pas de conclusion hâtive. J'adore le beaujolais. D'abord parce que, ayant fait mon premier stage de viticulture dans cette sublime région, le beaujolais est la région qui m'a initiée au travail dans les vignes. C'est sans doute dans le beaujolais que j'ai rencontré pour la première fois des vignerons. J'en ai le souvenir de gens simples, travailleurs, authentiques, accueillants, bons vivants. Des villages des pierres dorées, aux villages plus austères de Juliénas, ou Morgon, je me souviens de paysages vallonnés somptueux. Et puis le gamay, ce cépage tellement fruité, et si gourmand, qu'on en boirait comme du jus de raisin.
Je trouve qu'il y a quelque chose de sympa dans la tradition du Beaujolais Nouveau, par son côté joyeux et festif. Pour autant je pense que le Beaujolais Nouveau a tendance à faire de l'ombre aux Beaujolais (avec un grand B!), car beaucoup en font l'amalgame. Levure 71B ou pas (célèbre levure utilisée pour la fermentation alcoolique, bien connue pour développer un arôme de banane dans les vins), je ne suis pas fan des arômes fermentaires, que l'on retrouve (presque) toujours dans le Beaujolais Nouveau.
Je ne suis donc pas fan du Beaujolais Nouveau, je l'avoue, mais j'adore (je me répète, mais j'insiste), le Beaujolais. A chaque saison son type de vin. Et bien pour moi, le vin de l'Automne, le vin des plats mijotés, de la bonne cuisine familiale, et même le vin des raclettes, c'est le Beaujolais!
(Pssst, au fait, vous les connaissez, les 12 Beaujolais?)

mercredi 18 novembre 2009

La Dolce Vita, avec Ornellaia

Ornellaia, c'est ce type de vin qui vous fait voyager lorsque vous plongez le nez dans votre verre. C'est la gourmandise du fruit, la pureté du nez, l'équilibre dû à une belle acidité qui contrebalance un degré un peu élevé, la finesse de tanins soyeux, comme du velours, l'élégance tout simplement. Ornellaia c'est la classe italienne... Mais attention, avec un brin de French Attitude, qu'on se le dise! Et parce que l'histoire d'Ornellaia est, comme dirait Le Petit Nicolas (le vrai, celui de Sempé et Goscinny) "une chouette histoire", je vais vous la raconter, comme elle m'a été racontée avec passion par Thomas Duroux, talentueux winemaker et actuel directeur général du Château Palmer, qui connaît particulièrement bien la propriété pour y avoir travaillé pendant plusieurs années. Alors cap sur la Tenuta dell'Ornellaia.
Nous voici donc au coeur de l'appellation Bolgheri, dans la région de Toscane, à 60km au sud de Pise, sur la côte ouest. Pour bien imaginer l'endroit, il faut visualiser un grand cirque ouvert sur la mer, avec des collines d'origine volcanique. L'appellation Bolgheri est une appellation récente, puisque le décret date seulement de 1994. Jusqu'alors, la région était une région agricole traditionnelle, avec principalement des exploitations de polyculture-élevage, produisant de manière anecdotique un peu de vin de table, à partir de Sangiovese, pour la consommation locale.

Tout commence grâce à la passion d'un homme pour les vins du Médoc, Mario Incisa de La Roquetta, propriétaire terrien dans la région. Amoureux du Cabernet Sauvignon (lui aussi!), il décide, dans les années 50, de planter 1 hectare de ce cépage, pour lui et ses amis. C'est alors que son beau-frère, qui n'est autre que Nicolo Antinori, propriétaire de la célèbre tenuta qui porte son nom, le convainc de développer ce vin, en créant une marque: Sassicaia est né. La marque deviendra célèbre dans le années 70, et sera à l'origine du concept des "Super-Toscans".
Face à ce succès, les confrères s'interrogent. L'un des fils de Nicolo Antinori décide de faire lui aussi son propre vin dans la région. Toujours dans la tradition médocaine, il plante Cabernet Sauvignon, Merlot, et Cabernet Franc. C'est la naissance d'Ornellaia, dont le premier millésime sera 1985.
Le succès de ces deux vins démontre ainsi qu'il existe bel et bien un réel potentiel qualitatif à Bolgheri. C'est alors que l'appellation sera créée, dans laquelle les cépages médocains seront prédominants. Ce qui fait la particularité de Bolgheri, c'est cette fraîcheur en bouche, cet équilibre, parfois difficile à obtenir sous un climat méditerranéen. Or les vins de Bolgheri sont certes plein de soleil, mais ont également une très belle acidité. On peut comprendre en voyant ce cirque face à la mer, que l'influence marine y est pour beaucoup... La proximité de la mer influe sur le terroir également, puisque ce dernier est composé de résidus de roches volcaniques, ainsi que de calcaires (incidence marine) et de galets roulés (incidence fluviale).
Pour revenir à l'histoire d'Ornellaia, en 1998, l'américain Robert Mondavi entre dans le capital. En 2002, il devient propriétaire à 100%, puis il revendra la moitié à la famille Frescobaldi, grand nom pour les vins toscans, à l'instar d'Antinori. En 2004, la famille Frescobaldi reprendra la totalité du capital d'Ornellaia.
La Tenuta dell'Ornellaia produit trois vins:
  • Ornellaia, composé majoritairement de Cabernet sauvignon (60%), ainsi que de merlot et cabernet franc, et dans une moindre mesure de petit verdot.
  • Serre Nove, le second vin d'ornellaia, produit à partir de jeunes vignes.
  • et enfin Masseto, petit clos de vignes 100% Merlot, qui rivalise avec les plus grand merlots du monde, comme Petrus.
Depuis le début de l'aventure d'Ornellaia c'est le fameux oenologue conseil bordelais Michel Rolland qui suit les vins. Thomas Duroux, qui travaillait pour Robert Mondavi, est arrivé sur la propriété en 2001. C'est lui qui a vinifié les millésimes 2001, 2002 et 2003, et a largement contribué au 2004. Axel Heinz, qui venait du Château La Dominique à Saint-Emilion, lui a succédé, continuant dans la lignée, à produire des vins superbes.

mercredi 28 octobre 2009

Du poisson qui ne voulait pas de vin rouge

Poisson et vin rouge... Non non non, pas question... Grossière erreur diront certains. Parfois à raison... Pourtant, si comme moi vous aimez le poisson, et si comme moi vous aimez le vin rouge, peut être avez-vous vous aussi dérogé à la règle, en accordant les deux, en vous disant qu'après tout tant pis. Et peut être que comme moi, parfois vous n'avez pas regretté ce choix. Evidemment, on ne peut pas le faire avec tous les produits de la mer (avec les Saint-Jacques impossible), et non plus avec tous les vins rouges. Pour ma part, je l'ai toujours fait au feeling, ou au nez, c'est le cas de le dire! Mais il existe une vraie raison à cela... On sait maintenant pourquoi de manière générale, le poisson et le vin rouge ne se marient pas, ou pour être plus juste, pourquoi la plupart des vins rouges ne conviennent pas, alors que la majorité des vins blancs si (mais pas tous d'ailleurs).
Partant de ce constat d'incompatibilité entre poisson et vin rouge, ce sont des chercheurs japonais, travaillant pour le groupe Mercian, importateur et producteur de vins et d'alcools, qui ont recherché les explications. Ils sont partis de tests gustatifs, en faisant déguster à un panel des noix de Saint-Jacques avec 26 vins blancs différents, et 38 rouges. Après analyse des vins dégustés, ils ont constaté que la différence d'appréciation entre les vins était due à un seul paramètre: la teneur en fer. Pour cette expérience, lorsque la teneur en fer du vin dépasse les 2 milligrammes par litre, le vin se déguste mal, libérant un goût désagréable. Ils ont alors poussé l'expérience un peu plus loin, en faisant tremper les noix de Saint-Jacques dans les différents vins qui n'avaient pas été appréciés, ce qui a confirmé que l'association des deux générait une mauvaise odeur.
C'est donc l'élément fer, qui est responsable de ce désaccord entre vin rouge et produits de la mer, sans doute en raison d'une réaction chimique (si si, chimique!) avec les acides gras insaturés (hypothèse la plus probable, mais pas encore confirmée). Or, le vin rouge contient en effet plus de fer que le vin blanc. Et la teneur en fer varie également selon les vins. Ceci expliquant donc cela...
Nous voilà donc bien avancés, puisque nous ne connaissons pas les teneurs en fer des vins. Ce qu'il faut savoir, c'est que le fer que l'on trouve dans le vin provient principalement du raisin (dont la teneur varie également en fonction du cépage, du sol...). Comme pour l'homme, le fer est un élément minéral nécessaire au métabolisme des cellules. Pour le reste, le fer provient du matériel des chais, du transport du raisin aux cuves de vinification. Et la bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'avec la généralisation de l'inox, et l'utilisation de matériaux de plus en plus adaptés et réfléchis, les apports de fer par contact avec le matériel sont beaucoup moins importants qu'avant.
Donc continuons à expérimenter de nouveaux accords, avec le nez, toujours le nez, le feeling, la sensibilité, et zou, ouvrons des bouteilles, prenons des risques, soyons curieux, osons, et... savourons!

vendredi 16 octobre 2009

L'Art et le Vin

"Un grand vin est une oeuvre d'art", disait le Baron Philippe de Rothschild, qui dirigea jusqu'à sa mort en 1988, la propriété familiale, le prestigieux Château Mouton-Rothschild, 1er Cru Classé du Médoc. Parce qu'il comparait le vin à de l'art, et qu'il était un grand amateur des deux, il a décidé de les allier dans ses bouteilles. Ainsi, l'année 1924 marque un tournant pour le Château Mouton-Rothschild qui décide de commercialiser pour la première fois ses vins en bouteilles (Les vins étaient traditionnellement vendus aux négociants en barriques.). A cette occasion, le Baron Philippe de Rothschild marque l'événement en faisant dessiner par Jean Carlu une étiquette spéciale pour ce millésime. Puis, en 1945, le baron demande à un jeune artiste alors inconnu, Philippe Jullian, de créer une oeuvre symbolisant la Victoire des Alliés, afin d'illustrer l'étiquette de son vin. Ce sera le début d'une grande série, puisque depuis cette date, chaque millésime de Mouton-Rothschild porte une étiquette illustrée par l'oeuvre d'un artiste contemporain. Mais parce que les vins du Château Mouton-Rothschild ne sont, hélas, pas accessibles à tout le monde, et que l'on n'a donc pas souvent l'occasion de les voir, Philippe Margot, journaliste vitivinicole passionné, a entrepris un important travail autour de ces étiquettes: "un livre de 137 pages qui dévoile pour chaque millésime l'œuvre originale, sa dimension, les variantes souvent proposées, la célébrité de l'artiste, le choix du Baron Philippe, puis de la Baronne Philippine de Rothschild, avant de devenir une étiquette qui procure une valeur ajoutée à ce premier grand cru", selon Philippe Margot lui-même.
On y découvre, au fil des pages, les oeuvres d'artistes aussi célèbres que Dali ou Miro, mais de beaucoup d'autres également, qui méritent qu'on s'y penche de plus près.
Si j'ai un peu réussi à éveiller votre curiosité, je vous invite à suivre ce lien, pour la beauté des étiquettes, pour la mémoire des artistes, et pour le plaisir des yeux. Une petite évasion artistique en quelque sorte. Allez, je vous souhaite une belle balade!



jeudi 15 octobre 2009

La Grange des Pères 95

La Grange des Pères... Ce nom à lui seul me fait rêver. J'adore ce vin.
Je sais, je vous en ai déjà parlé,, mais je voulais simplement revenir dessus, car j'ai eu la chance de déguster boire un La Grange des Pères 95 hier, lors d'une bonne petite soirée entre amis, et vraiment, vraiment, je trouve ce vin fabuleux. Derrière une robe limpide avec quelques notes d'évolution, le nez paraît encore jeune, avec des arômes de fruits noirs et de tapenade. La bouche est douce, veloutée, d'une fraîcheur incroyable, avec une superbe longueur. L'équilibre est parfait.
La preuve, si besoin en est, que les grands vins du Languedoc gagnent également à attendre sagement quelques années en cave... Quand on a la patience!
En tout cas, un vin superbe.

mercredi 14 octobre 2009

L'enfant terrible

Dans la série des vins plaisir, des vins de copains, des vins de soif, des vins sans complexe, des vins différents, j'en passe et des meilleurs, j'ai adoré le Côtes du Jura 2007 Cuvée de l'enfant terrible, de Jean-François Ganevat. Un rouge du Jura 100% Poulsard... Comment ça vous ne connaissez pas le Poulsard?
Pour apprécier les vins du Jura, il faut faire preuve d'une certaine ouverture d'esprit. Car ils sont bien différents de nos vins français habituels. Et de ce fait, les critères de dégustation le sont aussi. Oui, dans les vins du Jura, vous allez sentir des arômes de pomme, de noix, de curry... Ces arômes qui seraient perçus comme des défauts, des critères d'oxydation et de vieillissement, participent ici à la typicité du Jura. A l'instar des Jerez espagnols, que j'adore aussi, les vins blancs du Jura sont vinifiés dans un style oxydatif, sans ouillage. Depuis longtemps, je suis fan des blancs du Jura, en particulier les Côtes-du-Jura blancs du Domaine Jean Macle, ma référence pour le moment (c'est important, d'avoir SA référence.). Je vous conseille vraiment de goûter un jour, pour un petit apéro un peu différent, avec des morceaux de Comté 24 mois... Un régal, je vous assure. Bon je m'évade, mais ces quelques précisions étaient ici importantes, vous allez comprendre pourquoi.
Revenons donc à notre Côtes du Jura rouge "Cuvée de l'enfant terrible" (J'avoue que le nom m'a bien plu, et m'a un peu influencée dans le choix de ce vin. ). Une couleur très très pâle, un peu dans le style du clairet de Bordeaux, mais limpide, avec des reflets bien orangés. Un premier nez réduit, puis à l'agitation, des notes de pomme, derrière lesquelles apparaissent progressivement des notes de fruits rouges et d'épices, une touche de minéralité, et puis ce quelque chose d'envoûtant, de curieux, qui donne envie d'en savoir plus. Je ne vais pas vous faire le coup de la balade dans les bois des Gouttes de Dieu (ceux qui ont lu comprendront, les autres, il est temps que vous vous y mettiez), mais je vous promets que ce vin a une certaine magie, quelque chose qui vous transporte ailleurs, qui vous fait voyager. La bouche, très vive, reste toutefois équilibrée et fraîche, avec une certaine longueur. La finale épicée rappelle encore ces notes de pomme. Comme les blancs du Jura, c'est un style de vin qui ne peut pas laisser indifférent. Moi j'aime beaucoup.
Pour se situer, petite balade imaginaire dans le royaume de notre délicieux Comté (mais aussi du Morbier, du bleu de Gex, du Mont d'Or...), dans ce ce petit coin perdu de France qu'est le Jura. Le vignoble du Jura représente une étroite bande Nord-Sud de 80 km de long et une dizaine de km de large, sur le rebord du massif du Jura. La région est découpée par de nombreuses petites vallées profondes et encaissées, offrant ainsi des petites surfaces abritées, idéales pour la vigne. Les 1850 ha que représente le vignoble sont dispersés sur ces pentes plus ou moins accidentées, à une altitude allant entre 200 et 400 mètres, au milieu des bois et des prairies. Le climat de la région, semi-continental, est un peu dur, avec des hivers très sévères. Comme tous ces vignobles à la limite septentrionale de la culture de la vigne, les vignes sont orientées au Sud ou Sud-Ouest, afin de permettre au raisin de bénéficier d'un bon ensoleillement. En outre, cette exposition permet également aux vignes de se protéger des vents du Sud-Est et du Nord, la "bise noire". Le vignoble du Jura, comme celui de la Bourgogne, se découpe en de nombreux petits terroirs, de par sa morphologie, bénéficiant de micro-climats particuliers, selon l'exposition, la pente et l'altitude. Pour comprendre la géologie du Jura, vous trouverez de bonnes explications ici. Les collines sur lesquelles se situent les meilleurs vignes sont constituées d'un mélange complexe, dont la grande typicité repose sur la présence importante de marnes (bleues, grises, rouges noires...). La marne, cette roche sédimentaire constituée de calcaire et d'argile, est donc LE grand terroir du Jura.
Château-Chalon

On retrouve dans cette région les cépages des voisins bourguignons Chardonnay et Pinot Noir. Mais les vins les plus typés sont produits à partir des cépages locaux: Le Savagnin, en blanc, et les Poulsard et Trousseau, pour le rouge. Le Poulsard, également appelé Ploussard à Arbois, s'est développé au XVème siécle. Très peu coloré, comme on a effectivement pu le constater, il se caractérise par sa souplesse. Ses grappes sont lâches, mais assez volumineuses, et ses feuilles bien découpées, à l'inverse du Trousseau dont les baies sont très resserrées (on pense que c'est de là que viendrait le nom), et les feuilles arrondies. Alors que le Trousseau préfère les terrains plus argileux, le Poulsard s'épanouit à merveille sur des terres fortes, comme les marnes du Lias. Le Poulsard est le cépage rouge dominant puisqu'il représente 80% des rouges du Jura, mais seulement 20 à 25% du vignoble.
A partir de ces cépages, sont produits 6 AOC: Arbois (première AOC créée, appellation en rouge et blanc), Château-Chalon (vin jaune uniquement), l'Etoile (vin blanc), Côtes du Jura, ainsi que les appellations Crémant du Jura et Macvin (vin de liqueur). Avec 640 ha en production, l'appellation Côtes du Jura est la principale appellation du Jura en surface, mais la deuxième en volume, après l'Arbois. 105 communes bénéficient de cette appellation, qui produit davantage de vin blanc.
Le domaine Ganevat se situe au lieu dit La Combe, à Rotalier, au Sud de Lons-le-Saulnier. Jean-François Ganevat a repris les 8,5 ha de vignes familiales en 1998, après avoir travaillé en Bourgogne, chez Jean-Marc Morey. Ses vignes sont sur une pente exposée plein Sud, au pied d'une crête, ou "sous la roche" comme l'illustre l'étiquette. Le Domaine est conduit en Biodynamie. Les vins sont élevés sans Soufre, avec juste un apport minime avant la mise en bouteille. La Cuvée de l'enfant terrible est issue de vieilles vignes, plantées en 1959, sur un terroir de marnes blanches et marnes grises.
A goûter, pour le plaisir!

Côtes du Jura Poulsard "vieilles vignes" 2007, Cuvée de l'enfant terrible, Domaine Ganevat
Environ 15€

mercredi 7 octobre 2009

Science & Vie Spécial Vin

Après ce reportage désolant d'Envoyé Spécial, diffusé sur France 2, et dont j'ai déjà parlé ici, revenons à une lecture SAINE, avec le hors série du magazine Science & Vie "La science du vin". Enfin de vrais journalistes, qui font de vrais bons articles, recherchés et constructifs. Des articles sur des sujets approfondis, bien documentés, et PRECIS. Car tout comme on demande à un vigneron de faire un vin pur et juste, on est en droit de demander aux journalistes un travail de précision.
Le Hors série spécial vin de Science & Vie s'articule autour de 4 parties:
  1. Les coulisses, ou plus précisément l'art et la manière dont on fait le vin. Sont expliqués les différentes étapes de l'élaboration du vin, la notion de terroir, les différents cépages...
  2. Les hommes, avec une présentation des différents métiers autour du vin, l'histoire du vin, bien entendu liée à celle de l'homme, et enfin l'art de la dégustation, avec tout ce qu'il a de subjectif.
  3. Les défis. Défis environnementaux d'une part, avec bien sûr la question des pesticides (abordée de manière CONSTRUCTIVE), ainsi que celle du réchauffement climatique. Défis mondiaux, avec la concurrence internationale. Et puis les défis de la recherche, aussi bien sur la santé avec les vertus du vin, qu'en oenologie pure avec la découverte progressive des molécules qui constituent le vin.
  4. Et enfin un petit guide pratique sous forme de 50 questions-réponses, extrêmement bien fait.
En toute dernière page, un joli clin d'oeil pour Les Gouttes de Dieu, le manga dont je vous avais déjà parlé ici, à lire absolument.
Voici un beau magazine, complet, qui rappelle que la Science a fait progresser les techniques d'élaboration du vin. Qui rappelle que pour faire du vin, rien de doit être laissé au hasard. "Le vin est à la croisée de l'art et de la science", écrit Benoît Rey, l'un des journalistes de ce numéro de Science & Vie. Oui, le vin est le résultat du formidable travail de l'homme, pour l'homme. Qu'on se le dise.

lundi 5 octobre 2009

Envoyés spécieux

Non, je n'ai toujours pas la télé, et non, je ne l'aurai pas. C'est définitif. Je ne cautionnerai pas une telle désinformation. Les chaînes de télévision françaises sont-elle donc tombées aussi bas que le laisse à penser l'émission Envoyé Spécial sur le vin ("Le vin est-il toujours un produit naturel?") de jeudi dernier? J'ai pris mon courage à deux mains pour la visionner sur le site de France 2, pour comprendre les réactions... Un scandale de désinformation. Un ramassis de Bêtise avec un grand B, une ignominie. Je trouve absolument honteux qu'une chaîne nationale se fasse le relais de pareille calomnie*. Comment peut-on en arriver là? En tout cas une belle preuve, quand on maîtrise le sujet, que l'information que l'on reçoit est biaisée. Et ça, ça fait peur... Nous vivons dans un bien drôle de monde.
Aucune explication, tout est sommaire, imprécis, du grand n'importe quoi déballé en vrac. De l'intoxication journalistique.
Je note que ça commence et ça se termine par la même chose: une attaque contre la Grande Distribution. Comme ça, on est bien dans la tendance, les méchants sont toujours les mêmes, on n'est pas déstabilisés. Parce que, bien entendu, les très mauvais vins se retrouvent en Grande Distribution (ça on avait déjà entendu), laquelle oblige en plus les gentils vignerons à traiter leurs vignes avec des "pesticides chimiques"(ça c'est la nouveauté).
Parce que, revenons au problème de fond, les "additifs", "des produits que vous ne soupçonnez pas"... C'était quoi déjà? Ah oui, des levures... Au fait, c'est fait comment le vin? Il y a bien une histoire de fermentation non? Et qui dit fermentation dit levures, ou je n'ai rien compris? Un peu comme le pain, au... levain! Levain? Chimique? Attention amis boulangers, faiseurs de bon pain, méfiez vous, vous ne serez peut-être pas épargnés. Et puis, pour rester dans la tendance, la fashion attitude journalistique, bien sûr ont été évoqués (je dis bien "évoqués", car aucun sujet n'a été approfondi) les "pesticides", et même les "pesticides chimiques"... Je ne vais pas en parler à nouveau, je l'ai déjà fait ici.
A cela vous ajoutez les sulfites (j'en ai également parlé ici), et le sucre avec la chaptalisation (pratique ancestrale), et vous avez quasiment l'émission intégrale. Gros zoom sur le scandale du sucre dans le Beaujolais. (Pauvre Beaujolais, comme si la région avait besoin de cela.) Tout cela sur un fond de "vin technologique". Au fait, on n'a jamais aussi peu chaptalisé, parce que les raisins n'ont jamais été aussi mûrs, et ce parce que les vignes n'ont jamais été aussi bien entretenues. Mais ça c'est une autre histoire, sans doute pas aussi intéressante pour l'audimat.
Et je terminerai sur le titre de l'émission. A la question "le vin est-il toujours un produit naturel", je répondrai NON, le vin n'est TOUJOURS PAS un produit naturel. Il ne l'a jamais été. Le vin est le produit de l'Homme. Il n'existe pas dans la nature. Et la vigne elle même, à l'état "naturel" est une liane, qui pense à se développer et non pas à alimenter ses raisins. Oui, le vin est le fruit du travail de l'homme. Sans homme, il n'y a pas de vin. La vigne doit être taillée, parfois palissée et dans ce cas relevée, elle doit être épamprée, rognée, protégée des maladies et ravageurs comme on protège nos propres enfants. Ses raisins doivent être récoltés, foulés, pressés, leurs tanins et anthocyanes extraits avec doigté et délicatesse, leur fruit préservé, et leur équilibre maîtrisé. La production de vin est un travail de passionnés, d'artistes. Mais pour comprendre cela, sans doute faut-il avoir un minimum de sensibilité, et tout simplement AIMER le vin. A lire, pour rappel, encore une fois, ce texte "Faut-il tirer sur la technique", que vous trouverez .
"Salut vigneron, salut à toi sans qui la France ne serait plus le sourire de l'Europe", écrivait Maurice Bedel. Oui, salut à toi vigneron, nous te soutenons! Alors amis du vin à vos plumes, à vos porte-voix, à vos claviers, il faut réagir vite, fort, non pas dans une logique de défense ou de contre-attaque, mais simplement pour rétablir une vérité.

*Beaumarchais, Le Barbier de Séville, II, 8
"La calomnie, Monsieur ? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens prêts d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville, en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse ! ... D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, on ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil ; elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?"

vendredi 2 octobre 2009

Quittons la Grand'route

Je ne peux résister au plaisir de vous faire partager cette petite vidéo, réalisée par l'artiste bordelais JOFO (peintre, dessinateur, illustrateur, vidéaste, musicien...), à l'initiative du syndicat viticole de Moulis (prononcez Moulissssssssss!). Cette appellation communale, avec sa voisine Listrac, ne possède aucun Cru Classé. Difficile de se faire un nom, et d'obtenir une certaine reconnaissance, quand on se situe au milieu des appellations prestigieuses Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe... Car il faut bien admettre que le Médoc a ce côté magique, féérique, quand on prend la route des Châteaux, et que l'on découvre au fur et à mesure les nombreux Crus Classés célèbres qui la bordent. Pourtant, ça vaut le coup de quitter la Grand'route, pour prendre la direction de Moulis. On découvre un autre médoc, un médoc simple et authentique. Au détour de certains chemins, on se retrouverait presque perdus dans la campagne. Mais rassurez vous, de nombreux panneaux indiquent les châteaux à découvrir, parmi lesquels les célèbres Château Chasse-Spleen et Château Poujeaux. Des noms connus, assimilés à des crus classés, et qui sont la preuve du potentiel qualitatif de Moulis. Les sols de Moulis sont plutôt argilo-calcaires pour certains (et donc favorables au Merlot), et plutôt graveleux pour d'autres (favorables au cabernet sauvignon). Car on trouve de magnifiques croupes de graves à Moulis, terroir digne des grands crus...
A Moulis, pas de chichi, pas de tralala, mais de l'authenticité! Des propriétés restées familiales, de vrais vignerons qui se battent pour faire vivre leur appellation. A défaut de faire partie de l'aristocratie des vins, Moulis joue la carte de l'enfant terrible. Moulis la rebelle... Avec un côté Bohème, un peu à l'image de Jean-Pierre Foubet, dynamique président du syndicat, propriétaire avec sa femme Céline du Château Chasse-Spleen.
Allez, je vous laisse apprécier tout cela en images, avec cette petite vidéo que je trouve absolument géniale.

mercredi 30 septembre 2009

Un Kabinett de chez Fritz Haag pour un dimanche plein de soleil


Dans la série des apéritifs incontournables, je suis de plus en plus amatrice des Rieslings allemands. Pour un Dimanche chaud et ensoleillé comme nous avions le week-end dernier, un de ces dimanches entre amis comme je les aime, le Fritz Haag Brauneberger Kabinett 2008 était l'apéritif idéal. Frais et pur, avec un très faible taux d'alcool (8% vol.). Une robe très pâle, limpide et cristalline, aux légers reflets verts. Un nez fruité (pêche blanche) et très minéral, d'une belle intensité aromatique, et surtout, surtout, d'une pureté absolue (et plus ça va, plus j'aime les vins PURS). Une bouche légèrement perlante, renforçant la sensation de fraîcheur procurée par une forte acidité. Quelques sucres résiduels, pour contrebalancer cette acidité, dans un juste équilibre. Un vin droit, et à la fois gourmand. Un régal!
Vous vous souvenez, avec Egon Muller, on s'était déjà un peu promenés en Allemagne, dans le vignoble de Moselle-Sarre-Ruwer... On avait déjà évoqué la classification des vins allemands, et les 6 échelons des QmP, parmi lesquels le fameux Kabinett.

Comme Egon Muller, Fritz Haag est lui aussi un nom important du vignoble de Moselle, ayant contribué à la notoriété des grands Rieslings allemands. Le Domaine Fritz Haag se situe en Moselle moyenne, là où la rivière serpente en boucles sinueuses. Autour de la Moselle, se sont construits de nombreux petits villages, dont celui de Brauneberg, commune sur laquelle se trouve le domaine Fritz Haag. En réalité, le village de Brauneberg (braun=marron, berg=montagne, la montagne marron...) s'appelait autrefois Dusemond, du latin "dulcis mons" ou montagne sucrée, au temps des romains. Le nom était assez évocateur... C'est donc face au petit village de Brauneberg, sur la colline de Dusemond (le nom est resté!), que se trouve le vignoble du domaine Fritz Haag. En réalité, les vignes de Fritz Haag se situent toutes plus précisément sur une unité de terroir, une sorte de "climat" à l'instar des bourguignons, un petit vignoble bien délimité appelé Juffer. En effet, il faut savoir que, depuis très longtemps, dans les années 1800, les allemands ont découpé leur vignoble en unités de terroirs, correspondant à des "Einzellage". Pour la petite anecdote, le nom Juffer, qui signifiait dans le patois local "vieille fille", provient du fait que ce vignoble appartenait autrefois, au 18ème siècle, à 3 soeurs, restées célibataires... Le vignoble de Juffer représente au total 32 hectares, au milieu desquels se trouve un joyau de 10,5 hectares, partant du bas de la colline et montant jusqu'au cadran solaire situé à 200 mètres d'altitude: le Juffer Sonnenuhr (Sonnen= soleil, uhr=horloge, le cadran solaire!).
Pour visualiser le vignoble de Juffer, il faut imaginer des coteaux plus ou moins raides (pour Juffer Sonnenuhr pente à 80%), face au Sud, plongeant dans la Moselle. Cette dernière devient alors un miroir, puisque les coteaux se reflètent dans ses eaux, mais également le soleil, procurant ainsi aux vignes un double ensoleillement. Ceci explique d'ailleurs certainement la présence de nombreux cadrans solaires sur les rives de la Moselle. A cette exposition idéale, s'ajoute un sol constitué de schistes, permettant l'acquisition et la rétention de chaleur. Du fait de sa constitution, ce sol est stable et très bien drainé, puisque l'eau de pluie traverses les schistes en profondeur. On a là tous les critères qualitatifs pour la production de superbes rieslings. C'est la raison pour laquelle, le vignoble de Juffer est le plus prestigieux vignoble de Brauneberg.
Ainsi, le domaine familial Fritz Haag, créé en 1605, représente 7 hectares de Rieslings, sur les vignobles de Juffer et Juffer Sonnenuhr uniquement. Wilhelm Haag, a repris le domaine à 20 ans, en 1957, son père Fritz tombant subitement malade. Depuis 2005 c'est son fils Oliver, aidé par sa femme Jessica, qui gère le domaine Fritz Haag. Il entend poursuivre dans la même direction que son père, avec la même philosophie: produire un vin fin, fruité et délicat, au caractère de Riesling marqué par son terroir. Ca a l'air bien parti!

jeudi 24 septembre 2009

Une journée avec Sylvie Courselle, du Château Thieuley

Sylvie Courselle a repris avec sa soeur Marie la propriété familiale, le Château Thieuley, AOC Bordeaux Supérieur. Alors que Marie, 33 ans, gère la production depuis 2002, c'est Sylvie, 31 ans, qui en assure la commercialisation depuis 2005, avec une énergie débordante. Car Sylvie ne s'essouffle jamais, n'a peur de rien, ne recule pas devant l'imprévu. Sylvie se défonce, s'éclate, croque la vie à pleine dent!

Avec Sylvie, rien n'est jamais conformiste. Bien qu'elle assure la commercialisation du Château Thieuley, situé à La Sauve dans le vignoble de Bordeaux, et malgré son attachement extrême à la propriété familiale, Sylvie a choisi de faire sa vie au pied des falaises de l'Hortus, dans les Coteaux du Languedoc, où elle a rejoint son mari François Orliac. Sylvie et François se sont connus durant leurs études à l'Ecole d'ingénieur en Agriculture de Purpan. Cependant, de par son activité professionnelle, Sylvie partage ses journées entre l'Hortus, Thieuley, et les nombreux voyages qu'elle effectue pour vendre son vin... Les emplois du temps de Sylvie n'ont donc rien de routinier.
La journée de Sylvie commence en général de très bonne heure, comme l'a décidé sa petite fille de 20 mois. A croire que l'énergie se transmettrait chez les Courselle de mère en fille... Quand on connaît Marie-Joëlle Courselle, la maman de Sylvie, il n'y a plus de doute. Dès le matin, la pression monte. Sylvie a toujours un planning très chargé, le temps doit être optimisé au maximum. Ce souci d'organisation et de planification est sans doute lié à son passé de joueuse de tennis à haut niveau. Malgré des entraînements quotidiens intenses, Sylvie a poursuivi une scolarité normale, ce qui l'obligeait à être très organisée dans sa gestion du temps. C'est à 18 ans qu'elle a fait le choix d'arrêter le tennis, pour se consacrer à ses études. Elle a alors intégré son école d'ingénieur, puis complété sa formation par un diplôme d'oenologue obtenu à la faculté d'oenologie de Bordeaux.
Quand elle est à l'Hortus, Sylvie travaille depuis chez elle. L'organisation de ses voyages lui prend beaucoup de temps, puisqu'elle parcourt le monde entier pour vendre ses vins et promouvoir le Château Thieuley. Elle visite ainsi régulièrement ses clients, et prospecte de nouveaux marchés. Au total, Sylvie passe plus de deux mois par an à voyager. Le reste de son temps, elle répond à des "appels d'offre", autrement dit des demandes de vins émises par des négociants, elle s'occupe d'une bonne partie de l'administratif, prépare les opérations commerciales (comme les Journées Portes Ouvertes, un EVENEMENT à ne pas manquer à Thieuley!), organise le traitement des commandes, réalise les fiches techniques, les plaquettes commerciales, newsletters et autres, répond aux journalistes, organise des visites de la propriété ...
Elle rejoint en général François, pour un déjeuner en famille, autour d'une grande tablée, au Domaine de l'Hortus. Là elle peut discuter avec les frères et soeurs de François, travaillant tous sur la propriété familiale, de différentes techniques de production, différentes stratégies commerciales. Sylvie s'en inspire, ou s'y oppose. Car avec son caractère fort, sans aucun doute hérité de son père, Sylvie est parfois dans l'opposition... C'est aussi ça Sylvie! Malgré tout, Sylvie s'enrichit toujours de ce qu'elle apprend au contact des autres. Ses différentes expériences professionnelles atypiques pour une bordelaise pure souche témoigne d'une grande ouverture d'esprit: vinifications à Chalk Hill en Californie (Sonoma Valley), chez Chivite en Navarre, à La Gardine en Châteauneuf-du-Pape, puis oenologue conseil dans le Languedoc pendant deux ans. De là à dire que Sylvie n'est pas chauvine, il y a un pas... Partout en France et dans le monde, Sylvie est fervente défenseuse de Bordeaux ("Il n'est pas bon mon Thieuley?"), et à Bordeaux des Coteaux-du-Languedoc.
Sylvie délaisse parfois la table familiale pour se rendre à son cours de Pilates, car pour Sylvie, le sport est essentiel. Plus qu'un mode de vie, c'est une passion, qu'elle partage avec François. Tous deux aiment le sport: les sports extrêmes, les sports d'endurance et de montagne, le tennis bien sûr, et le rugby pour Sylvie en plus, en bonne purpanaise.
Lorsqu'elle est à Thieuley, les journées de Sylvie sont plus polyvalentes. Là, plus de rôle bien défini. Préparer les commandes, charger les camions, livrer les restaurants et caves, apporter des échantillons à droite à gauche, déguster différents lots en vue d'un assemblage, recevoir pour un déjeuner ou dîner arrosé au Thieuley. Bien entendu, tout cela décrit une journée hors vendange. Pendant les vendanges, Sylvie est au chai, remonte les vins, pige, entonne, soutire, déguste et redéguste... Il faut dire qu'à Thieuley, les dégustations peuvent être agitées.
Entre Francis, le père, et ses deux filles, les avis sont parfois divers. Pas évident, pour Sylvie et Marie, d'apporter leur touche personnelle, quand on marche derrière les traces d'un père qui a tout bâti lui-même, et construit une forte renommée autour de son vin. Pourtant, Sylvie et Marie ont fait le choix de reprendre la propriété, avec le désir de faire aussi bien que leur père. Dans un contexte difficile comme aujourd'hui, elles y arrivent remarquablement bien. Sylvie sait se battre.
Le soir, Sylvie reprend son rôle de maman pour s'occuper de sa petite fille. Souvent en déplacement, elle en profite un maximum quand elle est avec elle.
Les soirées chez Sylvie débutent obligatoirement par un bon apéritif, Thieuley ou Bergerie de l'Hortus, le choix est difficile. Sylvie et François se partagent les fourneaux, avec chacun leurs spécialités, aux saveurs différentes, à l'image de leurs vins. Ils aiment recevoir, ouvrir de bonnes bouteilles, souvent à l'aveugle, pour partager quelques instants de bonheur avec leurs amis. Ses plus beaux souvenirs en matière de vin sont une Côte Rotie La Mouline 82 de chez Guigal, bue en famille lors d'un repas de Noël, et un Haut-Brion 89 bu pour le mariage civil d'amis très proches. Car pour Sylvie l'émotion autour d'un vin est lié au vin en lui-même, mais aussi beaucoup au moment où la bouteille est bue.
Durant cette soirée avec Sylvie, comme tout au long de la journée, on entend des éclats... Des coups de gueule parfois (fort caractère oblige), mais surtout, surtout, des éclats de rire. Car Sylvie aime rire et faire rire. Sylvie sourit à la vie, et la vie lui sourit.

mardi 22 septembre 2009

Une journée avec...

J'ai quitté il y a quelque temps maintenant le Médoc, y laissant le petit monde de la production qui m'entourait, ces gens qui ont fait partie de mon quotidien pendant plusieurs années. Le Médoc est une presqu'île, est-ce pour cette raison qu'on a ce sentiment que c'est un monde à part? Quand on apprend à le connaître, on a du mal à le quitter. Ca a été mon cas.
Alors de temps en temps, j'y retourne, pour retrouver mes copains, et faire comme si c'était comme avant. Je m'imprègne à nouveau de ce métier passionnant que nous avons partagé, des doutes émis en permanence, des questions posées sans jamais avoir vraiment la réponse, des angoisses liées aux aléas climatiques, des difficultés de gestion des ressources humaines, et bien d'autres choses encore... Beaucoup de fous rires aussi, c'est essentiel dans ce métier.
Le milieu de la production est un petit univers. Comme celui du négoce. Pour celui qui ne travaille pas dans le vin, tout cela constitue "le monde du vin". En réalité, ces différents petits univers ne se connaissent pas si bien non plus.
C'est ainsi qu'une idée m'est venue. L'idée de vous faire découvrir tous ces métiers, et surtout ces hommes et femmes qui composent "le monde du vin". "Derrière chaque bouteille il y a un homme". Oui, le facteur humain est important dans le vin. Pas seulement pour la production, mais à toutes les étapes. C'est pourquoi j'ai envie de partager avec vous quelques moments passés en compagnie de passionnés, d'amoureux de la terre et du vin, de gourmands de la vie. De la production à la commercialisation, j'ai envie de vous faire comprendre mieux leur activité, adaptée à leur personnalité, en vous emmenant passer "une journée avec" eux.
Je vous souhaite de joyeuses lectures à venir.
A suivre...